
Une entrevue réalisée avec madame Sylvie Thériault, directrice générale de Cégep international
Un parcours professionnel sur mesure
Madame Sylvie Thériault, directrice générale de Cégep international, est entrée en fonction le 1er décembre 2011. Son parcours professionnel la préparait tout à fait à assumer ce nouveau défi. Elle avait précédemment œuvré auprès d’organismes internationaux tels Jeunesse Canada Monde et Développement et paix ainsi qu’au Centre d’éducation multiculturel du Cégep Marie-Victorin principalement voué à des interventions auprès de la clientèle immigrante. Ces interventions se situaient dans le cadre de programmes de francisation sur place ou en entreprise ainsi qu’au développement de programmes de formation de courtes durées qui intéressaient la clientèle immigrante soucieuse de s’intégrer rapidement au marché du travail. « Au Centre d’éducation multiculturel, précise madame Thériault, j’avais aussi des responsabilités au niveau international se rapportant à la “délocalisation de programmes”, plus précisément en Chine et au Vietnam… Comme Le Centre d’éducation multiculturel relevait du Service de la formation continue, cela m’a permis de mieux connaître la dynamique de l’offre de formation mise en œuvre par ce service. À titre de membre de l’équipe de cadres du cégep et grâce au travail de collaboration avec les collègues, j’ai pu me familiariser avec les différents dossiers et intégrer la culture institutionnelle des cégeps. Quand le poste de direction s’est ouvert à Cégep international, j’ai donc eu l’intérêt de relever le défi. Je connaissais l’internationalisation et ses multiples facettes et le projet m’apparaissait des plus stimulants. Ma maîtrise en administration publique constituait un atout additionnel. Je pouvais mettre un cadre théorique à mon curriculum pratique. »
Le mandat de Cégep international
Cégep international est partenaire de la fédération des cégeps. Tout comme la Fédération, il est au service de ses membres que sont les 48 cégeps. « Nous avons le mandat d’accompagner les cégeps dans l’élaboration ou la mise en œuvre de leurs stratégies internationales. Nous sommes également là pour assurer une veille stratégique sur ce qui se passe à l’international afin de pouvoir informer nos membres de façon adéquate et régulière. Il importe d’affirmer la présence des cégeps dans le monde et de les faire reconnaître comme étant le premier niveau de l’enseignement supérieur au Québec afin de nous assurer que nous avons notre place dans le domaine international en enseignement supérieur. »
La Gestion des programmes
Cégep international a aussi le mandat de gérer pour les membres des programmes qui sont financés par le ministère de l’Éducation. « Nous gérons des programmes de mobilité enseignante et étudiante ainsi que des programmes d’exemption de droits de scolarité supplémentaires pour les étudiants internationaux et des bourses d’excellence pour les étudiants internationaux. Nous travaillons avec les cégeps pour la gestion de ces programmes. Les cégeps nous font parvenir des candidatures. Des comités procèdent à l’analyse des projets déposés, font leurs recommandations au conseil d’administration de Cégep international et nous assurons le suivi auprès des cégeps. »
Accompagner les membres veut aussi dire pour Cégep international organiser des journées de formation dans les différents secteurs d’activités comme la mobilité, le recrutement d’étudiants internationaux, l’exportation du savoir, les projets de coopération internationale et l’internationalisation des programmes. Sylvie Thériault constate également qu’il y a un roulement assez important des personnels qui interviennent dans ces différents dossiers. « Nous devons donc nous assurer de pouvoir offrir un programme de formation adapté, autant pour les nouveaux intervenants que pour ceux et celles qui possèdent une plus grande d’expérience. »
« Il faut bien réaliser que tous les cégeps sont actifs à l’international. Cela veut dire qu’il n’y a aucun cégep qui n’a pas un programme de mobilité ou encore des activités de recrutement d’étudiants internationaux. Les réalités sont très différentes d’une région à l’autre comme le sont également les besoins. Nous devons adapter notre offre de service en conséquence. À titre d’exemple, il est évident que tous les cégeps sont intéressés au recrutement d’étudiants internationaux, pour la richesse que cela amène dans l’institution et la diversité sociale et culturelle que cela provoque dans leur région, mais ils le sont aussi pour l’impact économique que l’accueil d’étudiants internationaux a dans la région et au cégep. Dans certaines régions du Québec, certains programmes ne pourraient tout simplement pas démarrer sans l’intégration d’étudiants internationaux. Il y a des enjeux, au niveau de la baisse démographique dans certaines régions, qui peuvent être en partie comblés par l’intégration d’étudiants internationaux… À Montréal, le problème est à cet égard moins criant et le défi est différent.Les cégeps atteignent pour la plupart leur devis, mais ils souhaitent tout de même recevoir des étudiants internationaux pour la richesse, la diversité culturelle et les échanges que cela génère entre les étudiants. »
Les grands défis qui attendent Cégep International dans les années à venir
« Cégep international est une organisation en santé. De nombreux efforts ont été mis en œuvre au fil des ans pour structurer l’organisation et aller chercher la gestion de programmes financés par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). Cégep international reçoit son financement des cotisations des membres et du MELS (direction des Affaires internationales et canadiennes). Il y a cependant toujours un enjeu au niveau du financement de notre association. Depuis l’an dernier, un financement particulier qui était alloué par le dans le cadre du programme d’internationalisation de l’enseignement québécois (PIEQ) a cessé. Ce programme permettait à Cégep international et aux cégeps d’aller faire du développement de partenariat à l’international et de participer à des activités de recrutement d’étudiants internationaux.» Depuis un an, ces sommes ne sont plus accessibles limitant passablement nos activités. Chaque fois que nous voulons aller représenter nos établissements à l’étranger ou faire du recrutement, nous devons prendre cela sur nos budgets de fonctionnement, ce qui limite bien entendu nos activités... Notre mission est de représenter les cégeps à l’étranger et nous ne pouvons le faire autant que nous le souhaitons. Heureusement que nous travaillons en collaboration avec les cégeps et les réseaux d’admission. À titre d’exemple, quand il y a des salons en Afrique de l’Ouest, on organise les délégations pour quelques cégeps qui en défraient les coûts. Cela est possible parce que les cégeps souhaitent développer, mais nous devons trouver des solutions plus efficaces à long terme. Le retour du PIEQ ou un fond de cette nature s’avère de grande importance. »
« Nous avons beaucoup d’espoir que, suite à la publication de trois avis sur l’internationalisation des cégeps et sur le recrutement d’étudiants étrangers, des actions concrètes soient prises par nos gouvernements afin de faciliter nos actions en ce sens. Le gouvernement canadien n’a pas la compétence en matière d'éducation, mais souhaite contribuer à promouvoir l’image de marque du Canada à l’étranger pour attirer des étudiants internationaux ici. Il y a eu une consultation pancanadienne du comité consultatif sur la stratégie du Canada en matière d’éducation internationale; ce comité vient de publier son rapport dans lequel figurent des recommandations pour améliorer la performance du Canada en matière de recrutement d’étudiants internationaux. Il est important que les cégeps puissent bénéficier des actions qui seront entreprises à ce niveau. »
Un avis du Conseil supérieur de l’éducation du Québec, sur l’internationalisation des cégeps, devrait être déposé en janvier 2013. Cégep international prépare actuellement un mémoire sur les droits de scolarité supplémentaires exigés des étudiants étrangers, dans le cadre des consultations menées par le Conseil supérieur de l’éducation. Un comité interministériel regroupant le MELS, le ministère des relations internationales (MRI) ainsi que le ministère de l’Immigration et des communautés culturelles (MICC) a été mis sur pied au gouvernement du Québec l’an dernier. Les travaux de ce comité portaient spécifiquement sur le recrutement des étudiants étrangers; les recommandations devraient être déposées bientôt. « Dans ce contexte, les cégeps doivent se positionner pour être de plus en plus présents sur la scène internationale afin d’aller recruter davantage d’étudiants internationaux. À défaut qu’il en soit ainsi, nous risquons d’avoir beaucoup de rattrapage à faire. Le gouvernement doit réellement en prendre conscience et accorder les ressources qui doivent accompagner cette prise de conscience. L’impact est majeur. En Ontario par exemple, certains collèges peuvent recevoir quelque 4 000 étudiants internationaux. Cela permet le développement du collège et le développement de la région. Avec la pénurie de main-d’œuvre anticipée dans certains domaines techniques, dans plusieurs régions du Québec, ce serait une richesse que de pouvoir recevoir plus d’étudiants internationaux. Il est important de prendre le train pendant qu’il passe, et j’ai bon espoir qu’avec les avis qui seront déposés, des décisions seront prises et des sommes allouées afin que nous puissions aller de l’avant à cet effet. À titre d’exemple, nous savons que le marché francophone est beaucoup moins grand que le marché anglophone pour les étudiants internationaux. Comme le marché est plus restreint, c’est plus difficile pour le Québec que pour les autres provinces canadiennes. Cependant quand nous assistons aux salons de l’éducation en Afrique de l’Ouest et que nous constatons que le ministère de l’Éducation de l’Ontario est présent et qu’il fait, de façon dynamique avec matériel à l’appui et représentations sur place, la promotion du fait d’étudier en français en Ontario, cela fait réfléchir. Nous savons également que la Colombie-Britannique vient de développer une nouvelle stratégie d’internationalisation des institutions d’enseignement et qu’elle réaffirme qu’une de leurs cibles pour le recrutement d’étudiants internationaux est la France. Si nous ne sommes pas proactifs, les autres provinces et les autres pays le seront. Nous pouvons et devons également prendre notre place en Amérique latine, en Asie, etc. Beaucoup de gens peuvent être intéressés à venir étudier au Québec. Cela constitue vraiment un enjeu majeur pour Cégep international durant les prochaines années. Enjeu qui peut répondre à des besoins régionaux de développement des collèges. »
L’exportation du savoir- faire des cégeps
Au fil des ans, de nombreux cégeps ont développé des projets de coopération en matière d’exportation des savoirs avec des pays en développement. Plusieurs sont mis de l’avant dans le cadre de programmes gérés par l’Association des collèges communautaires canadiens (ACCC) parce que l’ACDI préfère financer les projets de coopération via l’ACCC qui elle fait par la suite des appels à projets auprès des cégeps membres.
Cette source de financement (ACDI) devient cependant beaucoup plus rare depuis quelques années. Madame Thériault croit qu’« il faut penser autrement et rechercher de nouvelles sources de financement pour encourager le développement de projets de coopération initiés par les cégeps et répondant aux besoins de leurs partenaires. C’est un défi important. Il faut se rapprocher des banques de développement, par exemple la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et d’autres organismes qui subventionnent beaucoup de projets reliés à l’éducation et particulièrement ceux se rapportant à la réingénierie de la formation professionnelle et technique dans les pays africains. Dans ce sens, de nombreuses possibilités méritent d’être considérées. Pour ce faire, Cégep international devra mieux structurer et encadrer ce secteur d’activité, idéalement par l’ajout de personnel plus spécifiquement attitré à l’exportation du savoir. Des mécanismes devront donc être développés afin d’avoir accès aux sources de financement requises dans ces dossiers et nous espérons pouvoir nous y employer durant les prochaines années. L’approche par compétences développée dans le cadre du développement et de la révision de nos programmes d’études suscite énormément d’intérêt auprès des pays étrangers. Le processus d’analyse de situation de travail supposant des contacts privilégiés avec l’entreprise retient l’attention. Ces pays apprécient la dimension pratique réservée dans nos curriculums de formation technique. Dans nos 48 collèges, nous avons des experts en matière de développement et de révision de programmes d’études. Nous sommes assurément en mesure de contribuer à l’exportation de nos savoirs dans ce domaine. C’est un beau défi que j’espère pouvoir relever avec mon équipe durant les prochaines années.»
Son plus grand désir
À la question « quel est votre plus grand désir? », madame Thériault répond ce qui suit. « Que Cégep international soit en mesure de répondre au souhait des cégeps d’être plus actifs sur la scène internationale quant au recrutement d’étudiants internationaux. Que dans les cégeps nous doublions le nombre d’étudiants étrangers et pas seulement ceux en provenance de la France, mais des étudiants que nous allons chercher ailleurs contribuant ainsi à la diversification sociale et culturelle des cégeps et de leurs régions. La présence d’étudiants internationaux dans les cégeps amène une diversité sociale et culturelle excessivement riche et intéressante. Mon plus grand désir est d’attirer des étudiants internationaux dans toutes les régions du Québec et de faire en sorte que certains y demeurent après leurs études, contribuant ainsi au développement économique de leur région d’adoption. Pour ce, le gouvernement du Québec doit reconnaître l’importance de cet apport tant social et culturel qu’économique et mettre les ressources requises à notre disposition et à la disposition des cégeps. Je souhaiterais également que nous nous soyons fait un nom auprès des banques de développement. Ce n’est pas facile. Après l’attribution d’un premier contrat, à titre d’exemple, auprès de la Banque africaine de développement, ça ira mieux parce qu’ils nous connaîtront. Si nous arrivons à nous faire reconnaître auprès de ces bailleurs de fonds, nous aurons franchi une étape et un pas important. J’en serais heureuse et contente pour nos établissements. »
Entrevue réalisée par madame Marie Lacoursière, septembre 2012.