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    Jean-Luc Lavoie se souvient de la naissance des premiers syndicats

    Claude Girard, Jean-Luc Lavoie

    Les trois premiers syndicats de professionnels de cégep ont été fondés en 1973. Un an plus tard, j’ai contribué activement à la création du Syndicat du personnel des professionnels du Cégep de Saint-Jérôme et j’ai toujours été très engagé dans l’action syndicale. Aujourd’hui, quand je regarde tout le chemin parcouru depuis, ma plus grande fierté est de constater que les professionnels de cégeps bénéficient maintenant de conditions de travail acceptables.

    Photo Line Coulombe
    Cet enseignant  de philosophie (N.D.L.R. Jean-Luc Lavoie) devenu API n’a jamais oublié l’époque où les professionnels n’avaient aucune reconnaissance officielle.

    « Au début des années 1970 dans les collèges, tout se passait comme si les professionnels n’avaient littéralement aucune existence. Je me souviens de la fois où le ministère avait annoncé la mise à jour des conditions salariales des personnels de collège. J’avais demandé à un membre de la direction à quelle part j’aurais droit. Il m’avait alors répondu textuellement : “ toi, tu n’auras rien parce que tu n’es rien”, résumant par ces quelques mots le statut des professionnels dans les collèges à cette époque », raconte Jean-Luc Lavoie.

    La naissance d’une conscience syndicale

    Mais les choses n’allaient pas demeurer longtemps ainsi. La conscience de la nécessité de regrouper leurs forces pour avoir le droit de négocier leurs salaires et leurs conditions de travail gagnait les professionnels.

    « En 1973, les trois premiers syndicats de professionnels ont vu le jour aux cégeps Limoilou, du Vieux Montréal et Édouard-Montpetit et quelques mois plus tard, les syndiqués participaient à leur première grève. Chez nous, au cégep de Saint- Jérôme, notre syndicat n’était alors pas encore formé, mais cela ne tarderait pas. Quelques mois plus tard, la mise à pied de trois professionnels allait nous faire prendre conscience de la nécessité de fonder notre syndicat pour mettre fin à l’arbitraire patronal. En 1975, la fédération était mise sur pied et comptait sept syndicats », rappelle Jean-Luc Lavoie.

    Les attentes élevées d’une première négociation

    Une date historique à retenir : la FPPC signait sa première convention collective de travail négociée en 1975. Une négociation qui n’avait d’ailleurs pas été facile.

    « La négociation et la signature ont constitué une démarche pénible. Nous étions de nouveaux syndicats à l’intérieur d’une nouvelle fédération et nos membres voulaient tout avoir. Finalement, nous avons obtenu une entente qui a satisfait la grande majorité des membres », se souvient le syndicaliste.

    Le dur souvenir de 1982

    De toutes les négociations auxquelles il a participé, Jean-Luc Lavoie soutient que celle de 1982 a certainement été la plus difficile.

    « Le Québec traversait l’une des pires crises économiques de son histoire. Les hypothèques des maisons se renouvelaient à des taux usuriers de plus de 20 % et plusieurs allaient perdre leur résidence. Les directions des collèges ont décidé de saisir l’occasion pour obliger les syndicats à se soumettre à des concessions qui auraient paru inacceptables en d’autres temps : droit patronal de mutation, droit patronal de modifier les horaires à sa guise et ainsi de suite. Finalement, le gouvernement allait conclure la négociation par un décret nous imposant des réductions de salaire de 20 % sur une période de trois mois », se remémore Jean-Luc Lavoie.

    Des luttes syndicales qui ont compté

    L’issue de la négociation allait laisser un goût amer aux travailleuses et aux travailleurs du secteur public. Pour leur part, bien des professionnels de collèges se demandaient si les dix années précédentes de luttes syndicales avaient valu la peine, alors qu’il avait suffi d’une loi spéciale du gouvernement pour imposer d’importants retours en arrière. Cette loi spéciale n’allait pas être la dernière. Malgré tout, Jean-Luc Lavoie demeure convaincu, 25 ans plus tard, que le bilan global des luttes syndicales menées au fil des ans est assez positif, puisqu’elles ont contribué à améliorer les salaires et les conditions de travail des professionnels, et à façonner le visage des collèges.

    Ce texte a été publié dans Cahier collégial, revue publiée par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), automne 2007, p. 4

    © La diffusion de ce texte sur ce site a été autorisée par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)