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    La danse au Cégep de Drummondville

    Jocelyne Houle Lefebvre a débuté la danse moderne avec Madame Paulette Côté (Groupe Nouvelle Aire) lors de ses études au baccalauréat en éducation physique (Université de Sherbrooke, 1971). Pendant ses études universitaires, elle enseigne à temps partiel en éducation physique au Collège régional Bourgchemin, succursale de Drummondville. Elle y enseignera à temps plein dès la fin de ses études. Elle poursuit de plus un entraînement intensif en ballet-jazz et en ballet classique dans des écoles professionnelles de Montréal. En 1981, elle obtient le Certificat en danse et mouvement expressif de l’Université de Montréal.



    Pionnière au Québec de la technique de jazz moderne Simonson , elle parcourt aussi les États-Unis pour expérimenter différents styles de jazz avec les grands maîtres américains et approfondir certaines approches somatiques.

    Soucieuse d'adapter l’enseignement de la danse à la pédagogie actuelle, elle a cumulé plusieurs crédits au Certificat de perfectionnement en enseignement collégial (Performa) (Université de Sherbrooke), au Certificat en application pédagogique de l’ordinateur (UQTR) et à la Maîtrise en enseignement au collégial (U. de Sherbrooke).

    Madame Houle Lefebvre a créé le volet « danse jazz » au département d'éducation physique (1971), « Les Ateliers de danse » du cégep de Drummondville (1978), le Programme collégial pré-universitaire Arts et danse (1989) devenu le Programme en danse 506.A0 en 1999, La Compagnie de danse professionnelle l'Astragale (1992), le Festival Danse Encore (1995), l'AEC en Nouvelles stratégies d'intervention en danse (2000) et plusieurs programmes d'entraînement (step, work-out, danse aérobique) pour la communauté de Drummondville.

    Maintenant à la retraite, elle continue sa collaboration à la promotion du programme en danse du cégep de Drummondville.

    Les enseignants du Programme en danse du Cégep de Drummondville respectent la tradition mais y intègrent une pédagogie actualisée et un entraînement basé sur les derniers progrès de la science du mouvement. On recherche constamment à jumeler le meilleur des deux mondes, explorant de nouvelles avenues et ajustant continuellement le contenu de la formation corporelle, technique et artistique.

    LA DANSE AU CÉGEP DE DRUMMONDVILLE:
    Un contenu sous influences

    L'art : les deux côtés de la médaille

    Lorsque l’amateur observe, écoute ou lit une œuvre, il apprécie ou non le talent du créateur ou de l’interprète. Il ne considère pas les heures de travail qu’il a fallu y consacrer car, c’est dans la nature même de l’art de donner l’illusion de naturel et de facilité.

    Dans le sport, on sait que le talent d’un Roger Federer ou d’un Alex Kovalev est dû à des facteurs génétiques mais surtout à des années d’entraînement intensif. On réalise plus facilement la complexité de ces gestes qui semblent si simples quand on prend une raquette ou un bâton de hockey et qu’on essaie de réaliser un puissant service ou un lancer frappé avec l’aisance et la précision de ces athlètes.

    Au théâtre, le spectateur ne pense pas aux heures de mémorisation et de répétitions qui ont précédé la performance. Le texte doit devenir une 2e nature pour que l’acteur soit convaincant, naturel dans son personnage. De même, le génie artistique du danseur se manifeste non seulement dans l’exécution de mouvements complexes mais aussi et surtout dans les nuances d’interprétation. Le danseur doit maîtriser des habiletés motrices de haut niveau mais l’impression de facilité qu’il dégage dissimule des années de formation intensive.

    LA FORMATION DU DANSEUR EN 2008 : ENTRE LA SCIENCE ET L’ART



    Amélie Simoneau, DEC en danse,
    © Cégep de Drummondville, mai 2008

    La formation du danseur a beaucoup évolué depuis quelques années. Pendant longtemps, l’entraînement de l'interprète, du chorégraphe ou de l’enseignant reposait essentiellement sur la tradition. Le maître transmettait son expertise technique et artistique que l’élève assimilait et interprétait. Il les léguait, à son tour, à des successeurs aptes à perpétuer la tradition. Les enseignants en danse étaient, pour la plupart, d’anciens danseurs professionnels qui maîtrisaient les aspects technique et artistique de leur art.

    À ce moment-là, on n’accordait aucune importance à l’aspect corporel, ce qui influence la performance du corps en mouvement, ou à la pédagogie. On était très loin de considérer le fait que l’outil du danseur est son corps et que ce dernier est régi par des principes anatomiques, mécaniques et physiologiques bien précis. On prêtait aussi peu d’attention à la pédagogie. On enseignait comme on avait été enseigné.

    Lorsque certains innovateurs osaient expérimenter de nouvelles pratiques basées sur la science, ils étaient perçus avec grande méfiance. On craignait que l’introduction et l’application des sciences du mouvement et de la pédagogie n’empiètent sur l’aspect artistique de la formation. On travaillait la technique, selon la tradition, sous prétexte que cette approche avait fait ses preuves : n’avait-on pas produit d’excellents danseurs ?

    On recherchait à façonner un corps selon un modèle correspondant aux attentes de la danse professionnelle. On oubliait que les étoiles de la danse ne représentaient que le haut de la pyramide. On négligeait la base, ces milliers de jeunes apprentis qui abandonnaient la danse à cause de blessures ou parce qu’ils ne correspondaient pas à l’image « idéale » du danseur.
    La danse moderne et le jazz ont complètement renversé cette tendance. C’est d’ailleurs dans ce milieu que les premiers balbutiements de la science, au service de la danse, sont apparus. Aujourd’hui, plusieurs milieux de la danse professionnelle sont ouverts aux sciences du mouvement et à la pédagogie dont l’utilité et l’efficacité ont été démontrées.

    L’ÉDUCATION PAR LA DANSE

    La perception de la danse comme un instrument de formation globale de l’individu, tel que proposé au Programme en danse du Cégep de Drummondville, est venue avec l’introduction de programmes de danse moderne ou contemporaine dans les établissements scolaires (universités et High Schools américains).

    Au Québec, la danse apparaît au collégial dans les années 1970 avec des cours de danse offerts par les départements d’éducation physique. On y retrouve aussi des troupes de danse sous la responsabilité du secteur des activités socioculturelles. Il faudra attendre le milieu des années 1980 pour que soit développé un programme pré universitaire de danse (voir autre article sur les débuts des programmes de danse dans les Cégeps).

    On ne peut parler de la formation en danse au cégep sans mentionner les conséquences du phénomène « ballet-jazz ». Apparu au début des années 1970, ce style a complètement transformé et démocratisé la danse au Québec. L’énergie dégagée par ce style, développé par l’ancienne ballerine Eva Von Gencsy et par Eddy Toussaint, a remporté la faveur de tous, petits et grands. Le Québec découvre alors les spectacles de ballet-jazz et la pratique de la danse. Les femmes en particulier ont adopté ce style comme formule motivante de mise en forme. Le ballet-jazz a donc précédé la danse aérobique et le « work-out » comme méthode d’entraînement sur musique au Québec.

    Mais cette progression aussi rapide a eu des effets secondaires qui influencent encore aujourd’hui la perception des étudiants. L’engouement pour le ballet-jazz a permis l’ouverture de nombreuses écoles de danse en région. On a alors ignoré que le terme « ballet-jazz » contenait le mot ballet et que ce style exigeait une connaissance pratique de la danse classique. Plusieurs apprentis danseurs sont devenus professeurs de « ballet-jazz » après seulement quelques fins de semaine de formation. On a enseigné ce style à des enfants aussi jeunes que 3 ans alors que le ballet-jazz était structuré pour des danseurs matures ayant déjà acquis une bonne technique en danse et qui désiraient explorer un autre style.

    Aujourd’hui, encore, le phénomène « ballet-jazz » est profondément enraciné dans la perception populaire. Lorsqu’on mentionne qu’on enseigne la danse, on nous répond souvent : « Ah oui ! Vous faites du ballet-jazz ! »

    Par contre, il faut mentionner le bon côté de la médaille car le ballet-jazz a été une porte d’entrée à une formation en danse pour plusieurs interprètes et créateurs québécois internationalement reconnus. La plupart ont cependant poursuivi leur entraînement artistique en danse moderne, contemporaine ou classique.

     

    Audrey Rochette, Hip-Hop, DEC en danse,
    © Cégep de Drummondville, mai 2007

    Depuis, 1990, les différents styles de Hip-hop (danses urbaines), créés par les gars de rues à New York, connaissent la même progression qu’a connue le ballet-jazz, surtout chez les jeunes. Ces styles très physiques ont le grand avantage de soulever l’intérêt des garçons. On y retrouve cependant les mêmes conséquences en ce qui concerne l’enseignement sécuritaire de la danse car ce sont des jeunes gens qui s’improvisent enseignants. Leurs habiletés motrices sont indiscutables mais ne leur donnent pas les compétences pour enseigner, surtout à une aussi jeune clientèle.

    Il y a de très bonnes écoles de danse privées au Québec. Il y a aussi des institutions où la formation est plutôt centrée sur le loisir récréatif, ce qui permet d’initier un grand nombre de jeunes à la danse. Mais là encore, ces cours sont souvent donnés par des jeunes gens sans expérience qui n’ont pas la formation nécessaire pour dispenser un enseignement approprié selon l’âge et les habiletés des participants.

    Alors que les clubs sportifs exigent de leurs instructeurs une formation d’entraîneur, offerte par l’association canadienne des entraîneurs, l’équivalent n’existe pas dans le milieu de la danse. N’importe qui peut ouvrir une école de danse et on présume que ses instructeurs ont les compétences requises et ce, sans poser de question !

    Un autre phénomène récent dans les écoles du Québec est la grande popularité de l’événement « Secondaire en spectacle ». Plusieurs jeunes se regroupent, composent des enchaînements de mouvements et les présentent lors d’un concours ou devant leur public. Ils reproduisent ou s’inspirent et ce qu’ils ont vu à la télévision. Ils ignorent l’aspect technique et les bases de la création en danse.

    LA COMPLEXITÉ DE L’ENSEIGNEMENT DE LA DANSE

    Pour ces raisons, et surtout par méconnaissance du milieu professionnel de la danse, on ne conçoit pas la danse et son enseignement comme des disciplines complexes. On présume que l’apprenti danseur n’a qu’à imiter les mouvements du formateur. Ce dernier se place devant le miroir, exécute les mouvements et dit aux danseurs ; suivez-moi… et ce dernier réussit immédiatement une performance acceptable !

    Les enseignants du Programme en danse du Cégep de Drummondville respectent la tradition mais y intègrent une pédagogie actualisée et un entraînement basé sur les derniers progrès de la science du mouvement. On recherche constamment à jumeler le meilleur des deux mondes, explorant de nouvelles avenues et ajustant continuellement le contenu de la formation corporelle, technique et artistique.

    DIFFÉRENTS NIVEAUX : DE DÉBUTANTS À INTERMÉDIAIRE

     

    Maude Yergeau, DEC en danse,
    © Cégep de Drummondville, mai 2008

    On ne peut comparer le programme en danse à aucun autre programme pré universitaire du collégial. Ce programme accueille des étudiants de niveau débutant à niveau intermédiaire. Certains n’ont aucune expérience en danse et d’autres ont plus de 10 ans d’entraînement, la majorité se situant entre les 2 extrêmes. Pour les étudiants qui n’ont aucune expérience pratique et connaissance en danse, tous les savoirs, savoir être et savoir-faire sont alors à construire.

    Le problème se pose différemment pour les étudiants avec expérience. Certains ont étudié uniquement le ballet classique, le jazz moderne, le ballet-jazz, la danse sociale ou d’autres styles de Hip-hop. Comme le Programme en danse du Cégep de Drummondville privilégie une approche polyvalente, c.-à-d. qu’on y expérimente plusieurs styles, les étudiants doivent sortir de leur zone de confort. Cela demande une grande capacité d’ouverture et d’adaptation de la part des étudiants mais aussi des enseignants.

    À leur arrivée au Programme en danse, la majorité des étudiants souhaitent faire carrière en danse. Mais, la plupart n’ont pas conscience des habiletés requises et des standards attendus d’une performance de niveau professionnel. Quelques jeunes apprentis/danseurs s’attribuent, lors du questionnaire accompagnant l’audition, le niveau avancé alors que notre évaluation, basée sur des critères de performance précis, les situe au niveau débutant.

    Plusieurs sont surpris quand ils constatent que le niveau technique du profil de sortie du Programme en danse est le niveau intermédiaire alors qu’ils considèrent avoir déjà atteint le niveau avancé ! Le problème vient de leur ignorance des standards internationaux qui sont basés sur des critères précis de performance et non uniquement sur le nombre d’années d’entraînement comme cela se fait dans certaines écoles privées et dans le secteur récréatif.

    Certains étudiants ayant plusieurs années d’expérience en danse auront à désapprendre et reconstruire certains éléments de base. Car, si les éléments techniques de base ne sont pas bien intégrés, ils seront limités dans leurs possibilités de mouvement. Ils auront des difficultés dans l’exécution d’éléments techniques de niveau supérieur et surtout, seront très vulnérables aux blessures.

    D’autres étudiants entreprennent le Programme en danse avec une excellente formation en danse et contrôlent avec une grande efficacité les éléments de base. Cette situation oblige les enseignants à individualiser leur enseignement pour permettre à tous de progresser, quel que soit leur profil d’entrée.

    UN DÉFI !

    Les enseignants du programme en danse travaillent avec cette clientèle diversifiée mais passionnée. Ils font donc face à un défi intéressant dans le milieu de l’enseignement pré universitaire collégial. Même si, au Cégep de Drummondville, il y a une audition de classement pour diviser les étudiants en quatre niveaux, on retrouvera quand même plusieurs niveaux dans un même groupe.

    La situation de la danse au Québec oblige les enseignants à réfléchir sur leurs pratiques, à les adapter et à choisir de stratégies signifiantes. Un des objectifs est de permettre à l’étudiant/étudiante d’évaluer sa performance dansée de façon objective, de reconnaître son véritable niveau et de progresser.

    Les étudiants doivent accepter l’idée de changement s’ils veulent s’améliorer et cela, sans se sentir incompétents ou dévalorisés par leurs acquis antérieurs. Leurs expériences précédentes leur ont donné la passion de la danse et un désir de poursuivre une formation dans ce domaine et cela a une très grande valeur.

    Les enseignants du Programme en danse du Cégep de Drummondville leur présentent le programme comme une opportunité d’expérimenter d’autres avenues en danse pour qu’ils puissent ensuite faire un choix. Il faut ouvrir ses horizons et expérimenter diverses pistes pour évaluer ce qui nous convient le mieux. Après un certain temps, les étudiants font leurs la démarche et la discipline requises pour atteindre le niveau intermédiaire dans cet art. Ils comprennent aussi l’importance d’acquérir la polyvalence pour le danseur d’aujourd’hui. Mais, surtout, ils saisissent qu’un danseur ne fait pas que bouger. Il doit certes utiliser son corps avec une grande efficacité mais il doit aussi faire aussi appel à des habiletés d’ordre cognitif, métacognitif, affectif et même de gestion.

    Les étudiants comprennent alors que la valeur de la danse dépasse l’aspect physique et artistique et devient un outil d’apprentissage global, utile non seulement pour leurs études ultérieures en danse ou dans d’autres disciplines, mais aussi dans leur quotidien. Ils se sentent valorisés et fiers de leur programme. À la fin de leurs études au Programme en danse, on peut constater un réel changement dans leurs perceptions et appréciations de cet art. Les enseignants du Programme en danse peuvent alors déclarer : mission accomplie !


    Réalisations
    Jules-Pascal Venne
    Jules-Pascal Venne enseigne la science politique au Collège Édouard-Montpetit.  Formation 1991-1993 Ph. D. en science politique (scolarité terminée) Université du Québec à...