Il est intéressant de constater que les bâtisseurs des programmes de danse au collégial ont tous un lien avec le Groupe Nouvelle Aire, fondé en 1968 par Martine Époque et Rose Marie Lèbe, professeures au département d'éducation physique de l'Université de Montréal.
Cette compagnie de danse contemporaine, créée en 1968, fut le lieu d'inspiration d'une nouvelle génération de danseurs, de chorégraphes et d’enseignants québécois. À cette époque, il n’y avait pas de formation universitaire en danse au Québec. La seule possibilité d’obtenir un diplôme d’études universitaires relié à la danse, sans s’exiler aux États-Unis, passait par la faculté d’éducation physique ou, plus tard, par le certificat en danse et mouvement expressif de l’Université de Montréal.
Cégep de Saint-Laurent
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Michel Lepage et une étudiante au Salon de la danse, Palais des congrès, Montréal,
© Cégep de St-Laurent, 1984
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Le programme en danse, tel que proposé aujourd’hui, est issu du programme Arts et danse de la famille des arts, avant la réforme de 1997.
Le premier programme collégial en Arts et danse au Québec est né au cégep de Saint-Laurent, en 1984, sous l’initiative de Michel Lepage et d’Anne Macot. Ces deux enseignants en éducation physique, anciens danseurs du Groupe Nouvelle Aire, offraient depuis 1970 des cours de danse au département d’éducation physique, dans le cadre de la formation générale.
En 1981, devant l’intérêt des étudiants pour une formation de qualité en danse, ils fondent la compagnie de danse « La cour d’école ». Avec sept périodes de pratique par semaine, Anne Macot suggéra la reconnaissance de la formation par un diplôme collégial, comme cela existait déjà pour la musique, les arts plastiques et le cinéma. Michel et Anne ont alors entrepris les démarches auprès de leur direction et déposé un projet de programme pré universitaire en danse.
Plusieurs arguments justifiaient la création de ce programme.
- Un programme en danse compléterait le tableau des arts déjà existants au cégep de Saint-Laurent : arts plastiques, musique, cinéma.
- Il permettrait à tous l’accès à une formation pré universitaire de qualité en danse, sans négliger la formation générale. En effet, le certificat en danse et mouvements expressif de l’Université de Montréal et le baccalauréat en danse de l’UQAM exigeaient le niveau intermédiaire en danse actuelle comme profil d’entrée technique et artistique. Comme la seule façon d’atteindre un niveau intermédiaire en danse était de suivre des cours de danse dans une école privée, les élèves qui ne pouvaient se permettre cette dépense se trouvaient pénalisés.
- Un DEC en danse, comme en musique, en cinéma ou en arts plastiques, permettrait aussi aux élèves qui ne désiraient pas poursuivre en danse de s’inscrire dans un autre programme universitaire.
- Le cégep de Saint-Laurent possédait les infrastructures idéales pour un tel programme.
- Deux professeurs compétents et expérimentés étaient déjà à l’emploi du collège.
Après 2 ans de démarches, la direction a finalement autorisé le lancement de ce nouveau programme. À l’automne 1984, le cégep de Saint-Laurent accueillait sa première cohorte de trente étudiants (28 filles et 2 garçons). Le Ministère avait consenti six nouveaux cours de formation spécifique). Il fallait donc, pour compléter la formation, sélectionner des cours de programmes déjà existants ayant des liens avec différents éléments de la danse.
Lors de la première année du programme, Anne et Michel donnaient tous les cours de formation spécifique. Les autres cours étaient sous la responsabilité des départements d'histoire de l'art et de techniques d'intervention en loisir.
Même si les relations avec les autres départements étaient plutôt amicales, le programme souffrait à l'époque d'une certaine incohérence. Il a fallu attendre 1999 et la réforme pour accéder à la pertinence et à la cohérence actuelle.
Collège Montmorency
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Spectacle étudiant,
© Collège Montmorency
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En 1984, Denis Poulin et Gérald Fyfe, tous deux éducateurs physiques et anciens danseurs du Groupe Nouvelle Aire, ont convaincu la direction du collège Montmorency de la pertinence d’offrir une formation pré universitaire en danse à Laval.
À l'automne 1985, le collège crée le département de danse, développé par Denis Poulin, et accueille sa première cohorte d'élèves (30). Dès la deuxième année, Gérald Fyfe retourne au département d’éducation physique et Philippe Vita, Danielle Éthier et Lise Beausoleil complètent avec Denis Poulin l'équipe du département de danse.
Cégep de La Pocatière
Quelques années plus tard, 2 enseignantes en éducation physique du cégep de La Pocatière lancent un programme en danse dans cette région de l’Est-du-Québec. Ils doivent toutefois fermer le programme quelques années plus tard, faute de clientèle.
Cégep de Drummondville… la danse en région
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Maude, étudiante en danse, © Cégep de Drummondville, 2008
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En 1988, le cégep de Drummondville annonce la création du programme Arts et danse sous la direction de Jocelyne H. Lefebvre (département d’éducation physique) assistée de Michel Grou (directeur des activités socioculturelles). Toutefois, suite à l’expérience du cégep de La Pocatière, la direction du collège demeure sceptique quant à la survie, à long terme, d’un programme en danse en région.
En effet, les cégeps de Saint-Laurent et de Montmorency se situent dans la région de Montréal et de Laval. Leur clientèle provient d’un large bassin de population ainsi que de nombreuses écoles de danse privées. En contrepartie, à cette époque, le cégep de Drummondville accueillait moins de 1000 étudiants avec une seule école de danse récréative privée dans la région.
La pérennité du programme était basée sur une étude de marché encourageante, une bonne promotion ainsi que sur les succès du programme de jazz moderne du département d’éducation physique et d’une troupe de danse (socio-culturel). Depuis 1971, ces programmes attiraient de plus en plus d’étudiants sous la direction de Madame Lefebvre, spécialisée en danse jazz moderne Simonson.
Les résultats du 1er tour d’inscriptions (15 inscriptions) en mars 1989 semblent donner raison au scepticisme de la direction. Cette dernière ne prend pas le risque d’attendre les inscriptions des autres tours et retarde d’une année l’ouverture du programme. Pourtant, les derniers résultats auraient permis d’atteindre et même de dépasser le nombre requis d’étudiants (18).
Déterminée à offrir ce programme en région, Jocelyne H. Lefebvre persuade la plupart des étudiants déjà inscrits et déçus de la décision du collège de poursuivre leurs études collégiales à Drummondville dans un autre programme. Ainsi, en attendant les débuts du programme Arts et danse, ils suivaient les cours de formation générale et avaient accès à une bonne formation en danse jazz moderne en éducation physique. Ils participaient également aux activités de la compagnie de danse Pas à Pas, qui offrait des classes techniques et des ateliers chorégraphiques tous les soirs ainsi que plusieurs possibilités de performance sur scène.
Madame Lefebvre, une des pionnières en région de ce style de danse jazz moderne, a enseigné dans plusieurs écoles de danse privées du Québec, se lance aussi dans une promotion auprès de la filière Simonson. La stratégie réussit et le programme est lancé en 1990 avec deux groupes d’étudiants.
Les programmes à petite clientèle des petits collèges, situés en région, sont très vulnérables et doivent compter sur la collaboration de la direction, du syndicat, des autres départements et des enseignants pour survivre. Il faut se serrer les coudes pour donner une chance à certains programmes de naître et de se développer. Heureusement, à Drummondville, le programme Arts et danse a reçu, à quelques exceptions près, l’appui de tous.
Ainsi, Jocelyne H. Lefebvre a réussi à négocier un programme où tous les cours étaient donnés par des spécialistes en danse. Les enseignants de théâtre, de musique ou d’histoire de l’art, malgré leur grande compétence, n’avaient aucune expérience en danse.
D’année en année, le 1er mars (1er tour du SRAM) suscitait beaucoup d’anxiété car une diminution des inscriptions mettait en danger l’existence du programme. Jocelyne Lefebvre et Michel Grou ont alors organisé différentes stratégies, dont une tournée régionale en danse.
Pendant plusieurs années, accompagnées d’étudiants en danse, les enseignantes en danse visitaient les polyvalentes de la région et présentaient, à l’heure du dîner, des mini spectacles suivis d’une période d’information sur le programme Arts et danse. Les problèmes d’horaire des étudiants/danseurs et les coûts trop élevés de transport ont eu raison de ce projet.
Entre-temps, plusieurs cégeps situés en région ont lancé des campagnes de promotion plus agressives pour attirer de nouveaux étudiants et préserver leurs programmes. Les enseignantes en danse y participent toujours activement en offrant des ateliers d’information.
Assistées d’un agent d’information, elles visitent encore chaque année toutes les régions du Québec, de Gatineau à la Gaspésie, du Lac Saint-Jean à la Beauce pour faire connaître le programme dans les écoles secondaires, les écoles de danse privées, etc. Cette promotion s’étend même aux écoles francophones de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. Ces visites, des événements « portes ouvertes » et plusieurs autres projets des enseignantes en danse du cégep de Drummondville ont ainsi permis d’attirer au cégep le nombre requis d’étudiants pour former deux à quatre groupes chaque année. Aujourd’hui encore, à Drummondville, 85 % des 140 étudiants proviennent de l’extérieur de la région de Drummondville. Les enseignantes en danse ne sont pas rémunérées pour ces activités de promotion. Elles sont toutefois conscientes que cette stratégie a fait ses preuves afin d’assurer la survie de ce programme en région.
La réforme
En 1997, l'existence du programme Arts et danse est mise en péril par le projet de réforme des programmes en arts au collégial. Cette réforme consistait à regrouper tous les arts en un programme unique.
Dans ce nouveau projet, le nombre de périodes accordées aux différents éléments de la danse ne permettait pas l’atteinte du profil d’entrée (standards de mouvement, corporel et artistique) exigé par les programmes universitaires de danse de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université Concordia. Ces universités recrutaient plusieurs finissants des trois programmes collégiaux Arts et danse. Elles se sont donc associées aux collèges concernés pour faire pression auprès du Ministère et créer une formation pré universitaire spécialisée en danse, indépendante des Arts et Lettres.
Les trois collèges accueillaient ensemble moins de 100 étudiants par année. Ce programme ne pesait donc pas beaucoup dans la balance. Il fallait faire comprendre la nécessité de préserver cette formation unique au Canada. Grâce aux revendications des universités et des collèges, et en particulier au travail de Denis Poulin (Montmorency) et de Madame Martine Époque (UQAM), le projet a trouvé une oreille attentive auprès du Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport. Après deux ans d’incertitude, le 9 mars 1999, le Programme en danse 506.A0 est reconnu officiellement par le ministère. Pendant cette période d’indécision, les fondateurs/coordonnateurs des collèges avaient toutefois amorcé le travail d’écriture des nouvelles compétences qui permettraient à chaque collège de conserver son identité tout en respectant les principes de l’approche par compétences. Dès la session automne 1999, les trois collèges étaient prêts à expérimenter leur nouveau programme.
Parallèlement, les trois collèges ont constitué les grilles de double formation permettant aux élèves de combiner leurs études en danse avec des études en sciences de la nature ou en sciences humaines et ainsi obtenir deux diplômes d'études collégiales en trois ans. Le cégep de Drummondville permet à l’étudiant la combinaison de tous les programmes préuniversitaires.
En 2007, le cégep de Sherbrooke s’est joint aux trois autres collèges et a reçu l’autorisation d’ouvrir son programme en danse, encore une fois sous la direction d’une enseignante en éducation physique spécialisée en danse, Danielle Poulin.
Les mêmes compétences, des approches différentes…
Armés de nouvelles compétences, les trois fondateurs/coordonnateurs ont conçu des activités d’apprentissage, d’enseignement et d’évaluation différentes tout en conservant leur caractère respectif.
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© Collège Montmorency
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Le programme de Montmorency préconise une démarche de création et utilise en priorité la danse contemporaine comme outil technique, créatif et d’interprétation. Les finissants produisent un spectacle annuel où ils démontrent leur savoir-faire. Parmi les activités parascolaires organisées par le Service des affaires étudiantes du collège, volet animation socioculturelle, les étudiants ont la possibilité de s'engager dans la troupe de danse Tanz Danse, dirigée par Massimo Agostinelli.
Le programme de Saint-Laurent enseigne le ballet classique dans la tradition de la méthode Cecchetti, la danse moderne selon Limon et Graham et divers styles pratiqués en danse contemporaine. On y étudie aussi l’acrobatie, la rythmique, la création et l’interprétation ainsi que l’anatomie. Le programme offre plusieurs occasions de démonstration publique : spectacles, bancs d’essai, classes ouvertes. Les étudiants peuvent aussi participer aux activités de la troupe de danse du cégep de Saint-Laurent où toute la population étudiante est bienvenue.
Le cégep de Drummondville recherche la polyvalence et accorde le même nombre de périodes à la danse jazz moderne Simonson (incluant les danses urbaines), au ballet classique (Cecchetti, adapté aux danseurs contemporains) et aux diverses influences de danse contemporaine, sans négliger la création et l’interprétation. Les enseignants produisent un spectacle chaque session. Tous les cours, à l’exception de deux cours théoriques, sont construits de façon à intégrer les éléments de compétence dans une performance dansée, sur scène, devant des spectateurs.
Les étudiants apprécient les nombreuses opportunités de performance en public. Ils peuvent aussi participer aux activités de la compagnie formée d’étudiants « Les Ateliers de danse », aux démonstrations, aux galas, aux festivals et aux productions d’été. Plusieurs étudiants poursuivent une formation parallèle en ballet classique et en danse jazz Simonson à l’École Formation danse, école de danse associée au programme en danse. Toutes ces activités sont dirigées et animées par les enseignants du département de danse. Plusieurs chorégraphes et maîtres reconnus, dont quelques anciens, sont invités chaque année pour permettre aux étudiants d’expérimenter d’autres styles.
Le dernier-né des programmes en danse, celui du cégep de Sherbrooke est à l’essai. Ses promoteurs souhaitent intégrer d’autres styles, soient le flamenco et les danses internationales en plus d’offrir le ballet classique et la danse contemporaine. Le spectacle de fin d’études sera produit par les étudiants.