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    Enjeux > L'interculturel

    Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants - De nouveaux services pour favoriser l’intégration des immigrants au marché du travail

    Par Josiane Roulez
    Conseillère en communication
    Collège de Maisonneuve

    Le Québec fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre. Pour y remédier, il compte sur l’immigration. Pourtant, à l’heure actuelle, le taux de chômage est de deux à trois fois plus élevé chez les immigrants que chez les Québécois de souche. C’est dans ce contexte que le Collège de Maisonneuve a mis sur pied l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants (IRIPI). Sa mission ? Trouver des solutions à cette problématique, à la fois pour les immigrants et pour les milieux d’accueil.

    « Au Québec, la situation s’améliore progressivement en ce qui concerne l’embauche d’immigrants. Toutefois, le maintien en emploi demeure un grand défi. L’objectif global de l’IRIPI est de rechercher et de proposer des solutions pour que les immigrants se sentent bien dans leur milieu de travail, et qu’ils y restent », affirme Hélène Brassard, directrice de l’IRIPI et du Service de coopération internationale du Collège de Maisonneuve, auquel le nouvel institut est rattaché.

    Les différences culturelles rendent parfois l’intégration d’un immigrant difficile dans son milieu de travail. Des différends peuvent survenir au plan des relations homme-femme, du rapport à l’autorité, du langage non-verbal, etc. Par exemple, un cadre issu d’une culture différente de celle de ses employés peut avoir du mal à percevoir les signes d’une crise au sein de son équipe.

    Le mandat de l’IRIPI est de répondre aux besoins ciblés par les milieux d’accueil des immigrants, c'est-à-dire les organisations en lien avec leur intégration professionnelle : organismes publics, parapublics ou communautaires, entreprises, cégeps, centres de formation professionnelle, ordres professionnels, etc. Le nouvel institut leur offrira des services de veille, de recherche appliquée, de conseil, de soutien, de transfert de connaissances et de diffusion des initiatives développées.

    « Pour les immigrants, le besoin pourrait être d’acquérir une plus grande maîtrise de la langue, de suivre des formations professionnelles d’appoint et d’apprendre à connaître les pratiques en milieu de travail. Pour les intervenants des milieux d’accueil, il s’agirait peut-être de développer une meilleure communication interculturelle et de mettre en place des pratiques de gestion adaptées à la diversité culturelle au travail. Et pour y répondre, nous pourrons, par exemple, offrir une formation dans le domaine de l’interculturel », affirme Hélène Brassard.

    Une communauté de pratiques
    L’IRIPI est l’un des trois nouveaux centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) en pratiques sociales novatrices, créés au printemps 2009 par le ministère de l’Éducation. Ces nouveaux CCTT, affiliés au réseau collégial du Québec, sont les premiers à œuvrer dans le domaine des sciences humaines et sociales.

    Le nouvel institut fera face à des défis que ne rencontrent pas les centres de transfert de technologie traditionnels. En effet, l’implantation d’une nouvelle pratique sociale implique des changements dans les attitudes et les façons de faire des entreprises et des individus. « Les solutions que nous proposerons toucheront souvent directement au système de valeurs des personnes, et elles nécessiteront une participation active de la part du partenaire et de son équipe. Il ne s’agira pas d’un simple transfert de techniques », déclare Hélène Brassard.

    Pour cette raison, l’IRIPI veille à bien s’entourer et souhaite s’impliquer activement auprès de ses partenaires. « Nous souhaitons que tous les acteurs impliqués, dans toutes les sphères touchant à l’intégration des immigrants, aient leur mot à dire », souligne Hélène Brassard. « Nous voulons créer une communauté de pratiques, c'est-à-dire un réseau de partenaires qui se partagent de l’information, qui réalisent des projets en commun. Nous pourrions, par exemple, prendre en charge le volet pratique d’un projet, tandis qu’un centre de recherche se chargerait de l’aspect théorique. »

    L’IRIPI privilégie aussi la recherche-action, qui réunit les communautés touchées, les décideurs et les chercheurs dans un processus commun de recherche et d’apprentissage. Par opposition à la recherche fondamentale, la recherche-action est dictée par les exigences des utilisateurs, par leur volonté d’effectuer des changements dans leur milieu, plutôt que par l’intérêt des milieux de recherche. « Autrement dit, nous voulons effectuer de la recherche de solution "avec" un partenaire et non de la recherche "à propos" d’un sujet donné. C’est un type de recherche qui intègre davantage les connaissances théoriques et les connaissances pratiques », explique Hélène Brassard.

    En terrain connu
    Pour sa première année d’activité, l’IRIPI se concentrera sur un milieu qu’il connaît bien : le sien. « Nous souhaitons devenir une plaque tournante entre les milieux de formation et le milieu du travail. »

    De fait, le Collège de Maisonneuve accueille une forte proportion d’étudiants issus de l’immigration, et il a tissé des liens de confiance avec les organismes et entreprises qui accueillent ces étudiants en stage. Il a aussi développé plusieurs projets pour faciliter leur intégration culturelle. L’IRIPI se penche sur certains problèmes déjà connus en lien avec l’intégration professionnelle des stagiaires issus de l’immigration. Il lui est ainsi plus facile de faire l’état de la situation en milieu de travail, et d’évaluer la performance des solutions mises en place.

    De plus, l’IRIPI fera une place aux étudiants et aux professeurs du Collège dans ses activités. Les étudiants pourront réaliser des micro-recherches dans le cadre d’un cours. Les enseignants les encadreront ou participeront, eux aussi, à des projets de recherche.

    Nouvel organisme, longue expérience
    Le ministère de l’Éducation a accordé au nouveau CCTT une subvention annuelle de fonctionnement de 150 000 $ pour les trois prochaines années. Formé il y a à peine quelques mois, le nouvel institut ne part pas de zéro : il bénéficie de la solide expertise développée par le Collège de Maisonneuve. Son Service de coopération internationale, fondé il y a plus de 20 ans, détient une longue expérience en communication interculturelle et en gestion de projet. Hélène Brassard en assure la direction depuis plus de dix ans, et a développé des dizaines de projets internationaux et interculturels. De plus, Maisonneuve a fait la preuve de ses compétences en gestion de CCTT, puisqu’il en possède déjà deux autres : le Centre d’études des procédés chimiques du Québec (CÉPROCQ) et l’Institut de technologie de l’emballage et du génie alimentaire (ITÉGA).

    Son comité d’orientation rassemble des représentants du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ), qui représente les ordres professionnels, du Cégep Trois-Rivières, d’un représentant du domaine de la chimie et de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). Pierre Harrison, directeur général du Collège de Maisonneuve, et François Dauphin, directeur des études, complètent ce comité, démontrant la grande importance qu’accorde Maisonneuve au nouvel institut.

    « Nous espérons devenir un centre névralgique en ce qui a trait à la diffusion des bonnes pratiques d’intégration professionnelle des immigrants. Pour réussir, il nous faudra élargir encore notre réseau de partenaires, établir notre crédibilité et trouver du financement supplémentaire pour réaliser nos projets », croit Hélène Brassard.

    C’est loin d’être mission impossible : plusieurs organismes ont déjà approché l’IRIPI pour développer des projets. Il y a fort à parier que le nouveau centre jouera sous peu un rôle important dans le paysage professionnel québécois.


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