ECOS virtuel, un outil pédagogique interactif développé au Cégep de Trois-Rivières, rencontre un succès remarquable, qui retentit jusqu’au Maroc. Suivez son fabuleux destin.
À la manière d’un jeu vidéo
Mais qu’est-ce que ce mystérieux ECOS virtuel ? C’est un logiciel interactif de simulation, mis au point ces deux dernières années par trois enseignantes du Département de soins infirmiers : Christine Gauthier, Hélène Bailleu et Josée Brière. À la manière d’un jeu vidéo, ECOS permet de placer l’aspirant infirmier dans une situation concrète et d’évaluer son jugement clinique. Le patient est virtuel et, comme dans un «roman dont vous êtes le héros», l’étudiant fait des choix qui le mènent vers la réussite (décision médicale adéquate) ou l’échec (complication et aggravation du cas.) On parle donc d’un Examen clinique objectif structuré virtuel, ECOS pour les intimes.
Petite histoire d’un grand projet
L’idée d’utiliser un environnement virtuel pour l’examen clinique est née à la session d’hiver 2006. À la session suivante, le projet ECOS virtuel était déposé auprès de la Direction adjointe au soutien à la pédagogie et à la réussite qui en a évalué la faisabilité. Puis, on est passé à l’élaboration du scénario pour le projet pilote, à la prise de photos et à l’enregistrement des séquences vidéo. Le Service audiovisuel du collège pouvait ainsi finaliser la première version du logiciel interactif Examen clinique objectif structuré (ECOS) virtuel.
Nombreux avantages
La mise au point de l’examen clinique objectif structuré (ECOS) virtuel permet entre autres de solutionner les contraintes occasionnées par le recrutement de comédiens engagés pour personnifier les patients lors d’examens. De plus, la difficulté d’obtenir des prestations uniformes des comédiens, biaisait souvent l’évaluation et la performance de l’élève. En développant ECOS virtuel, les conceptrices visaient l’atteinte de plusieurs autres objectifs. Parmi ceux-ci :
- élaborer un outil d’évaluation formatif offrant aux élèves une rétroaction immédiate;
- proposer une stratégie pédagogique supplémentaire permettant de parfaire le jugement clinique de l’élève;
- favoriser le transfert des connaissances théoriques dans un contexte pratique;
- intégrer les technologies de l’information dans un domaine où les élèves sont peu stimulés à l’utilisation de ces technologies pourtant employées dans les milieux cliniques.
Pour l’instant, le concept est développé en fonction des évaluations en Soins infirmiers. Cependant, plusieurs domaines d’enseignements techniques pourraient profiter d’un tel outil.
Le succès, de Victo à Marrakech
Présenté lors du colloque de l’AQPC 2008, le logiciel a connu un succès instantané. Parmi les 115 présentations faites lors du congrès de 2008 à Victoriaville, celle de l’ECOS virtuel a été l’une des cinq à se mériter une bourse. Cette récompense vise à promouvoir la réalisation primée lors d’un colloque international traitant de pédagogie de l’enseignement supérieur. Notons que le projet était le seul issu d’un programme technique à recevoir une bourse de l’AQPC. Les situations authentiques d’évaluation et la qualité des grilles d’évaluation, la facilité de transfert du matériel à d’autres programmes et à d’autres réseaux d’enseignement ainsi que la pertinence de l’approche proposée ont amené le comité de sélection à récompenser le projet trifluvien.Puis, suite à l’obtention d’une bourse de 3 000 $ du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS), les trois enseignantes ont poursuivi leur recherche en vue de présenter ECOS virtuel à l’international. Leur choix, entériné par le MELS, s’est arrêté sur le congrès du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF). L’événement, qui se tenait à Marrakech du 7 au 11 juin 2009, rassemblait un millier d’infirmiers et d’infirmières de vingt-six pays, principalement de la francophonie mais également de d’autres régions du monde comme le Japon, l’Irlande et l’Australie.
1000 participants, un seul établissement collégial
À leur départ, les trois enseignantes avaient un but : présenter le fruit de leur travail et créer des liens dans le but de favoriser le partage de leur expertise. C’est mission accomplie : l’espace qu’elles ont occupé dans le salon où se réunissaient les congressistes n’a pas dérougi : «Tout le monde était intéressé. Ecos étant un logiciel interactif, les gens peuvent le tester et en voir toutes les possibilités. Les réactions étaient enthousiastes, c’était extrêmement valorisant », témoigne Hélène Bailleu. S’ajoute à cela la fierté d’être les seules représentantes du milieu collégial : tous les enseignants présents provenaient des milieux universitaires, le Cégep de Trois-Rivières étant le seul établissement collégial représenté : «En échangeant avec les gens, nous avons constaté à quel point nous sommes chanceuses d’avoir été soutenues par le collège dans le développement et la réalisation de notre projet. C’est une chance sur laquelle très peu de membres de la profession peuvent compter.» ajoute madame Bailleu.
Si l’aventure s’est révélée riche sur le plan professionnel, il en est de même sur le plan personnel : «Marrakech est la rencontre de l’Afrique et de l’Europe : les pratiques ancestrales côtoient les pratiques modernes. On le constate à chaque instant, dans la rue, au marché, au restaurant. Assise à la terrasse d’un café, on peut voir passer un homme à dos d’âne, habillé comme Aladin et une femme d’affaires en tailleur, son cellulaire à l’oreille. Nous avons vécu un véritable choc culturel, d’une richesse incroyable.» conclut Hélène Bailleu.