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Les pôles régionaux en enseignement supérieur - Des ancrages territoriaux d’innovation et de développement

2019-10-23


Par Thérèse Lafleur
 

Dans le but de stimuler la concertation des établissements pour apporter une réponse à des problématiques communes, le gouvernement du Québec a soutenu la création de pôles régionaux en enseignement supérieur. En 2018, 29 M$ ont été réservés afin de créer partout au Québec ces pôles qui soutiennent les actions conjointes destinées à renforcer l’influence des établissements d’enseignement supérieur sur le développement socioéconomique de leur région.

Ainsi, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, l’Outaouais, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Chaudière-Appalaches, les Laurentides, la Capitale-Nationale, l’Estrie et Montréal voient quelque 20 universités et 40 collèges québécois arrimer leurs efforts pour contribuer stratégiquement à l’essor du Québec. C’est à travers une mosaïque d’alliances entre les collèges et les universités ainsi qu’avec les acteurs socioéconomiques, selon les besoins propres à leur région, que chacun de ces nouveaux pôles se déploie.

Selon Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps : « Tous les experts le confirment, face à la quatrième révolution industrielle il faut miser davantage sur la formation et l’innovation. Au Québec, nous connaissons actuellement des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs économiques, alors que la démographie joue contre nous. Collectivement, nous ne valorisons pas suffisamment l’enseignement supérieur, même si nous savons qu’en 2017, 80 % des 90 000 emplois créés demandaient déjà un diplôme postsecondaire. Notre productivité n’est pas suffisamment élevée et les entreprises n’ont pas toujours le réflexe de se tourner vers les établissements d’enseignement pour offrir à leur personnel une formation qualifiante, même si tout indique que la formation initiale ne suffit plus.

 

" Collectivement, nous ne valorisons pas suffisamment l’enseignement supérieur, même si nous savons qu’en 2017, 80 % des 90 000 emplois créés demandaient déjà un diplôme postsecondaire. " Bernard Tremblay,

 

" Dans ce contexte, les pôles régionaux en enseignement supérieur, qui sont encore jeunes, vont pouvoir contribuer à accroître l’accessibilité à l’enseignement supérieur dans les régions et ainsi favoriser la réussite scolaire en facilitant le passage entre les ordres d’enseignement. Ils sont véritablement aux premières loges pour prendre la pleine mesure des besoins spécifiques de leur environnement.

" Que des cégeps et des universités unissent ainsi leurs efforts pour s’arrimer aux attentes particulières de leur population et des entreprises, en stimulant par conséquent le développement socioéconomique régional, est assurément un atout dont nous pouvons profiter collectivement, d’autant plus qu’en matière d’innovation, la recherche menée dans les cégeps et leurs centres collégiaux de transfert de technologie, et celle qui se fait dans les universités, sont complémentaires. En travaillant ainsi de concert, les cégeps et les universités additionnent leurs forces et accroissent, par le fait même, l’étendue du bassin de compétences pouvant être transmises.

" À la Fédération des cégeps, nous réclamons depuis quelque temps l’adoption d’une stratégie nationale en enseignement supérieur. Une telle stratégie devrait de toute évidence encourager le maillage entre les différents intervenants de notre niveau d’enseignement, avec les autres acteurs socioéconomiques, afin d’appuyer chaque communauté de notre immense territoire dans ses efforts pour relever les défis de l’avenir. »

Les pôles

Qu’il soit d’attraction, de croissance, de compétitivité ou de développement, le « pôle » appelle une action collective dont le résultat est supérieur à la somme des actions individuelles. Générée par l’alliance des établissements ancrés sur un même territoire, cette synergie nourrit des ambitions bien régionales qui se résument pourtant à faire de l’enseignement supérieur un parcours recherché, capable de soutenir les étudiants d’ici et d’ailleurs ainsi qu’en mesure d’anticiper les besoins en constante évolution d’une main-d’œuvre québécoise qualifiée.

 

Qu’il soit d’attraction, de croissance, de compétitivité ou de développement, le « pôle » appelle une action collective dont le résultat est supérieur à la somme des actions individuelles.

 

Dans les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le pôle régional de l’Est-du-Québec créé le 26 mars 2018 regroupe l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et les cégeps de La Pocatière, de Rivière-du-Loup, de Rimouski, de Matane, de la Gaspésie et des Îles. L’objectif est d’établir une stratégie de recrutement conjointe et de développer des modalités de continuité de parcours. En attirant et en favorisant l’enracinement de davantage d’étudiants, ce pôle se veut un véritable levier de croissance et d’emplois pour l’Est-du-Québec.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le pôle lancé le 7 mai 2018 prend la forme du projet Station d’enseignement et de recherche au 50e parallèle.Ce pôle vise à soutenir la recherche et l’innovation en favorisant l’accessibilité aux infrastructures situées en forêt boréale. Il a été mis en place grâce à la mobilisation des cégeps de Chicoutimi, de Jonquière et de Saint-Félicien, du Collège d’Alma ainsi que de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Annoncé le 16 juillet 2018, le pôle régional de la Chaudière-Appalaches rassemble les cégeps de Lévis-Lauzon, de Thetford et Beauce-Appalaches ainsi que l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Ces établissements veulent déployer une série d’actions concertées pour créer un partenariat avec le marché du travail et recruter davantage d’étudiants internationaux tout en développant des mécanismes pour faciliter leur intégration rapide en emploi.Afin de répondre avec souplesse et rapidité aux besoins de la région en main-d’œuvre qualifiée, le pôle mise aussi sur une offre de formation actualisée.

La création du Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale a été annoncée le 14 août 2018. Ce premier partenariat d’importance pour attirer, développer et retenir les talents à  regroupe 19 partenaires des milieux de l’enseignement supérieur, de la santé et de la communauté d’affaires au sein d’une gouvernance régionale. Les cégeps Champlain-St. Lawrence, de Sainte-Foy, Garneau, Limoilou, le Collège Mérici, le Campus Notre-Dame-de-Foy, l’Université Laval, l’Université TÉLUQ, l’Université du Québec, l’École nationale d’administration publique, l’Institut national de la recherche scientifique, l’Institut national de santé publique du Québec, l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval, le Centre hospitalier universitaire de Québec – Université Laval, le CIUSS de la Capitale-Nationale, Mon Avenir TI, Québec International, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec ainsi que la Ville de Québecen font partie.

En Outaouais, c’est le 21 août 2018 que le Pôle a pris son essor et a réuni le Cégep de l’Outaouais, le Collège Héritage et l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Ensemble, ces établissements mettent sur pied le projet Enrichir l’expérience étudiante en milieux innovants. Un projet pour renforcer la culture entrepreneuriale sur le territoire en maximisant la collaboration entre les établissements d’enseignement supérieur et le maillage avec les acteurs socioéconomiques de la région.

La création du Pôle de l’Estrie, le 10 décembre 2018, repose sur la mise en œuvre d’actions concertées entre le Cégep de Sherbrooke, le Collège régional Champlain - Lennoxville, le secteur collégial du Séminaire de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke, l’Université Bishop’s. Afin d’attirer des étudiants et d’offrir une formation mieux arrimée aux enjeux socioéconomiques du développement régional, deux projets sont d’abord envisagés soit l’élaboration de nouveaux programmes de formation collégiale-universitaire (DEC-BAC) dans les domaines de la santé et de l’environnement ainsi que le développement d’un accompagnement personnalisé des étudiants immigrants non francophones.

Issu du regroupement de 12 cégeps et de 7 universités de Montréal et lancé le 23 août 2019, le Pôle de formation supérieure en intelligence artificielle (PIA)a été créé pour accroître la capacité des établissements d’enseignement supérieur à adapter rapidement l’offre de formation à l’essor sans précédent que connaît l’intelligence artificielle (IA).Ce Pôle vise à apporter une réponse concertée à ce défi de formation et à rassembler autour de cet objectif une communauté d’individus intéressés par l’IA. Le PIA regroupe les cégeps André-Laurendeau, de Saint-Laurent, du Vieux Montréal, Gérald-Godin, Marie-Victorin, Vanier, Ahuntsic, Dawson, Bois-de-Boulogne, Maisonneuve, Rosemont, John-Abbott ainsi que l’École de technologie supérieure (ETS), HEC Montréal, Polytechnique et les universités Concordia, de Montréal, du Québec à Montréal (UQAM) et McGill.

Le 27 août 2019, la création du pôle des Laurentides met en commun les ressources des cégeps Lionel-Groulx, de Saint-Jérôme, l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) – Centre de Mont-Laurier. En explorant de nouveaux parcours de formation et en mettant en œuvre des projets pilotes innovants potentiellement « transférables », ce Pôle vise à susciter concertation et mobilisation pour la coconstruction de cheminements diversifiés, novateurs et intégrés par les acteurs de la scène régionale.

Dans Lanaudière, le Cégep régional de Lanaudière ainsi que les trois partenaires du Centre régional universitaire de Lanaudière : l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université de Montréal, ont annoncé le 27 août 2019 la création du pôle.Un regroupement qui vise à susciter l’intérêt des étudiants lanaudois pour les études universitaires, tout en facilitant la transition entre la formation collégiale et la formation universitaire.

Transformer les défis en opportunités

Dans son avis de mars 2019, Les collèges après 50 ans : regard historique et perspectives, le Conseil supérieur de l’éducation soulève l’enjeu d’arrimage de la formation collégiale avec l’enseignement universitaire. À cet égard, les pôles régionaux en enseignement supérieur ouvrent de formidables voies à l'interdépendance de ces deux ordres d’enseignement supérieur pour accomplir leur mission éducative.

Reconnaissons qu’il est plus d’actualité que jamais que les collèges et les universités jouent un rôle primordial dans le développement des régions. Collectivement, les pôles régionaux d’enseignement supérieur contribuent au développement d’une société du savoir qui offre des perspectives d’emplois stimulantes et transforme les défis du 21e siècle en opportunités de croissance pour le Québec.



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