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Un héros parmi les héros

2020-03-01


Par Marie Lacoursière, Édimestre au Portail

MARC SANTERRE a été entraîneur-chef des Spartiates du Cégep du Vieux Montréal pendant 20 ans, soit de 1986 à 2005. Durant cette période, il a pris en charge une équipe perdante pour en faire une dynastie neuf fois championne du Bol d’or. À la barre des Spartiates, Marc Santerre a eu l’occasion de diriger plusieurs athlètes émérites qui ont connu de belles carrières par la suite. Il a aussi travaillé avec plusieurs entraîneurs reconnus. Il vient de publier Un coach parmi des héros, livre dans lequel il présente sa philosophie de la réussite et partage son histoire de coach. Le Portail s’est entretenu avec lui.

En écrivant l’histoire de ses 27 ans de coaching, Marc Santerre en arrive à la conclusion que les vrais héros de toute l’histoire, ce sont les joueurs qui sont parvenus à faire de leur passage au Cégep et de leur investissement dans le sport études un projet de vie réussi. « L’utilisation du mot "héros" est importante pour moi, nous affirme-t-il. Nous vivons à une époque où les héros masculins sont de plus en plus rares. Les modèles masculins tombent, parce que les paradigmes masculins s’effondrent. Nous n’acceptons plus ce qui était  accepté, toléré ou passé sous silence auparavant., et c’est tant mieux. Quand je regarde les séries pubs à la télévision, je vois que les gars sont barouettés. Les temps sont durs pour eux. Et si je le dis, ce n’est pas pour dénigrer le mouvement féministe; bien au contraire. C’est plutôt pour dire que, dans un tel contexte, les gars doivent trouver leur place, trouver de nouveaux repères et de nouveaux paradigmes. Ils doivent se poser la question : qu’est-ce qu’il faut faire pour devenir de vrais modèles pour les autres et qu’est-ce qui fait de moi un héros?  En pensant à tout ça, je me suis dit qu’on veut tous être des héros. Dans le sens où j’aimerais ça être un modèle, que l’on me regarde comme quelqu’un qui peut influencer positivement les autres, comme quelqu’un qui a réussi, qui est fier de lui et qui est un héros pour lui-même.

(...)Les gars que j’ai accompagnés sont ainsi devenus des héros pour eux-mêmes et des héros pour les autres. J’ai trouvé qu’il serait intéressant d’en parler pour que d’autres jeunes les prennent comme modèles. Dans ma vie de coach, j’ai toujours tenu à parler aux nouveaux joueurs des autres athlètes qui étaient passés avant eux dans l’équipe. En 1990, je parlais de Guy Messervier ; en 1995  je parlais de Bruno Heppel. Je les présentais aux nouveaux arrivés comme des modèles. Il faut transmettre l’héroïsme, transmettre les valeurs qui font que d’une génération à l’autre nous continuons à réussir et à rester au sommet. Il est important de présenter des modèles aux jeunes. Les gars que j’ai coachés sont pour moi des modèles, et c’est important qu’ils soient dans la vitrine. Ce ne sont pas seulement des héros dans leur sport, mais également des héros parce qu’ils ont réussi à mettre de l’ordre dans leur vie, à être solidaires avec les autres, à avoir des valeurs, à s’éloigner des apparences pour travailler sur eux-mêmes. Parler d’héroïsme traduit bien tout cela. »

 

Les conditions gagnantes

Fruit de sa longue expérience de coaching, la réflexion de Marc Santerre sur les conditions gagnantes pour favoriser la réussite mérite l’attention, car elle déborde largement le monde du football et du sport en général. Pour lui, il faut au départ faire une distinction entre gagner et réussir. Gagner demeure un concept intimement lié au sport.. Marc Santerre précise qu’il a développé sa réflexion sur la réussite en travaillant avec les joueurs, en les voyant réussir ou échouer, en cernant la difficulté de certains à réussir. « Je me suis posé la question : qu’est-ce qui fait que là ça marche et que là ça ne marche pas? Pourquoi ça ne fonctionne pas avec tel étudiant qui a beaucoup de talent… alors qu’un autre qui en a moins réussit tout ce qu’il fait? Au fil des ans, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il y a des conditions qui favorisent la réussite. Ça ne les garantit pas, mais si on met en place certaines conditions, nous favorisons l’émergence du succès. »

L’engagement

La première condition gagnante : l’engagement. « L’engagement, c’est ce qui t’amène à mettre le temps et l’énergie requise pour une cause : cette cause m’intéresse, cette idée m’intéresse, cette équipe m’intéresse. À mon arrivée au Cégep du Vieux Montréal, l’idée n’était pas de vendre une équipe qui gagnait; on ne gagnait pas. J’ai dit aux jeunes que l’on recrutait : "venez grandir avec nous. Nous bâtissons une équipe, un endroit où tu pourras grandir. Nous démarrons petits, mais nous deviendrons grands.. Viens faire ça avec nous; c’est agréable de grandir." Je dis souvent : "c’est plus agréable de grandir que d’être grand."

"La première chose à faire pour réussir, c’est d’être engagé, parce que cela nous place en mode solutions. C’est valable pour le sport, mais également pour d’autres sphères de la vie"

- Marc Santerre

"Grandir, c’est très stimulant. Nous sentons que nous devenons de plus en plus respectés. À partir du moment où les gens achètent cette vision, ils s’engagent dans un projet qu’ils prennent à cœur. La première chose à faire pour réussir, c’est d’être engagé, parce que cela nous place en mode solutions. C’est valable pour le sport, mais également pour d’autres sphères de la vie. Quand nous sommes engagés et que se présentent les difficultés, cela nous permet de ne pas abandonner, de trouver des solutions. L’engagement est étroitement lié à l’identité de l’équipe. Elle permet l’identification très claire de valeurs qui nous interpellent et qui nous donnent le goût de les  défendre  et  c’est en définitive le point de départ qui ouvre la voie au succès"

La motivation
Une fois engagé, il faut conserver sa motivation. Pour Marc Santerre, cette dernière ne vient pas d’un discours que l’on tient. « La motivation n’est pas avant tout une question de raison. Nous pouvons expliquer aux jeunes toutes les bonnes raisons d’aller à l’école. Mais ça ne marche pas toujours; la motivation est avant tout une affaire de cœur et d’émotions. Il faut donc se sentir impliqué dans ce que l’on fait pour que l’engagement perdure. La motivation ne se suscite pas par des raisonnements… mais par les émotions et le développement d’un sentiment d’appartenance fort : appartenir à son projet, appartenir à son employeur. Plus le projet auquel on adhère devient le nôtre, plus il y a de chance que l’on reste motivé, emballé et que l’on demeure impliqué dans ce que l’on fait… et qu’on y reste. »

"La motivation est avant tout une affaire de cœur et d’émotions. Il faut donc se sentir impliqué dans ce que l’on fait pour que l’engagement perdure"

- Marc Santerre

La confiance
On ne peut pas rester motivé si on perd sa confiance. À l’inverse, le trop-plein de confiance pose problème. « J’ai vu des joueurs tellement confiants qu’ils oubliaient de s’entraîner. La confiance ne réside pas dans le fait d’être sûr que l’on réussira un examen sans avoir étudié, ou encore d’être certain que l’on vaincra l’adversaire sans s’y être préparé. Quand je plaide, je ne peux pas penser que je gagnerai une cause sans m’être préparé à la gagner. La confiance, ça se travaille. Il faut avoir fait les efforts nécessaires pour avoir confiance, sinon c’est de l’insouciance et de l’inconscience. À partir du moment où on développe une confiance motivée par le fruit de ses efforts, on est sur la voie de la réussite. »

"À partir du moment où on travaille bien et fort, les chances de réussite sont meilleures"

- Marc Santerre

Le travail
On ne réussit pas sans travail. Pour Marc Santerre, le travail ne se limite pas à ramer tranquillement sur un lac le dimanche. C’est plutôt ramer contre le courant dans un kayak. C’est monter le mont Royal un samedi de canicule. « Pour moi, le travail est un effort concerté et bien organisé. À partir du moment où on travaille bien et fort, les chances de réussite sont meilleures. Ça va de soi, mais souvent les gars oublient ça. J’ai vu des joueurs passer des heures dans la salle de musculation, sans jamais prendre un gramme de muscle, parce qu’ils faisaient juste jaser et, quand ils étaient fatigués, ils s’arrêtaient. Alors qu’en musculation, c’est justement quand on commence à être fatigué qu’on obtient des résultats. »

L’environnement
Pour Marc Santerre, l’environnement constitue la cinquième condition de la réussite. Selon lui, un environnement où s’installe le dénigrement est néfaste à la réussite. « Je me suis toujours assuré d’éliminer le dénigrement dans les équipes que j’ai coachées. Ce n’est pas toujours clair. Souvent les gens confondent critique et dénigrement. La critique est correcte. Dénigrer quelqu’un, ce n’est pas construire; c’est détruire. Le dénigrement dans l’environnement nuit au succès. À l’inverse, quand les gens se sentent respectés, nous créons un contexte favorable à la réussite. L’environnement familial est aussi déterminant. J’ai connu des joueurs qui n’avaient pas d’espace pour étudier chez eux avec des enfants qui criaient partout  et des  parents qui demandaient pourquoi il étudiait plutôt qu’aller travailler et gagner de l’argent. Le Collège doit donc leur donner un milieu de vie intéressant. »

 

Michel Arsenault
Michel Arsenault travaille au Cégep du Vieux Montréal depuis 40 ans. Marc Santerre s’y réfère tout au long de son livre. Il le considère comme le visionnaire du programme des Spartiates. « Parfois je rêve que je gagne à la loterie et que je dépose un million de dollars dans une fiducie afin de permettre aux jeunes qui le veulent de continuer leurs études dans les universités…  Et le fiduciaire qui verrait à gérer cet argent, c’est Michel Arsenault. Ce dernier est passé maître dans l’application du concept de réussite globale intégrale. Nous parlons ici d’une personne vraiment intègre qui a réussi à le rester au fil de toutes ces années. Dans le cadre de chacun de nos banquets de fin d’année, il n’y a pas un joueur qui ne parle pas de Michel Arsenault. Il a su incarner et transmettre la vision de l’équipe, une vision pédagogique globale et institutionnelle de la réussite. C’est lui le vrai héros de l’histoire. »

Une contribution du football collégial à souligner
Partout au Canada, le football universitaire québécois est reconnu comme un des meilleurs. Les succès du Rouge et Or de l’Université Laval et des Carabins de l’Université de Montréal en témoignent amplement. Mais ce qui est moins souligné dans la population en général, c’est la contribution essentielle du football collégial. Marc Santerre précise que cette contribution est reconnue dans le monde du football. Depuis quarante ans, le nombre d’équipes s’est accru, tout comme la qualité du jeu. « Laurent Duvernay-Tardif, qui vient de gagner le Super Bowl, a joué son football collégial au Collège Grasset, qui n’était pas à l’époque une équipe dominante. Plusieurs équipes en région forment aussi de grands joueurs de football. Malheureusement, je constate qu’on n’en parle pas beaucoup, que c’est comme un fait acquis que personne ne prend le temps de souligner. »

Un mentor

En vingt-sept ans de coaching, tant au collège qu’à l’université, Marc Santerre a formé un nombre impressionnant d’entraîneurs qui œuvrent à tous les niveaux. Il est souvent consulté par ses anciens joueurs qui lui demandent d’aller parler à leurs équipes. Il est devenu une référence et un modèle pour de nombreux instructeurs et joueurs.
Questionné sur les qualités d’un bon coach, il retient d’emblée l’authenticité. « Si un coach n’est pas authentique, ça ne marchera pas. Il doit respecter les gens avec qui il travaille. Ces derniers doivent sentir que le coach prend soin d’eux, qu’ils comptent pour lui et que c’est important ce qui leur arrive. Le coach doit aussi être ordonné, organisé et dynamique afin de créer de l’enthousiasme autour de lui et de s’assurer que tout le monde travaille dans le même sens. Un coach rassembleur a de bonnes chances de réussir. »

En guise de conclusion – Extrait du livre Un coach parmi les héros

Prononcez le nom de Marc Santerre au milieu d’un rassemblement de
joueurs de football et tous les yeux s’écarquilleront. Pendant près de
trois décennies, Marc Santerre aura réussi à laisser sa marque non
seulement dans le monde du football, mais dans le cœur de centaines de
joueurs québécois Si certains experts en football parleront de ses talents d’entraîneur, de ses championnats, des joueurs étoiles qu’il a dirigés, ses anciens joueurs parleront d’abord et avant tout de l’homme, de ses valeurs, de son leadership et de son impact dans leur vie personnelle.

Marc Santerre fut beaucoup plus qu’un entraîneur.

Il fut un modèle,un confident, un père, un ami, un mentor et un guide qui aura permis à des jeunes hommes de retrouver le droit chemin et à d’autres de trouver la confiance nécessaire pour devenir des hommes droits et intègres.Avocat de formation,Marc aurait très bien pu se concentrer sur sa carrière et passer ses fins de semaine au chalet, mais sa passion et son désir de vouloir faire la différence dans la vie d’autrui l’aura mené à devenir lui aussi, un héros.



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