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Détecter la COVID-19 dans les eaux usées des municipalités

Il y a 4 jours


Par Alain Lallier

Entretien avec Nancy Déziel, directrice générale du Centre national en électrochimie et en technologies environnementales (CNETE)

Un centre jugé essentiel durant la pandémie
Au début de la pandémie, dans le contexte du confinement le gouvernement a demandé au CNETE de tout fermer, mais les entreprises ont insisté pour que les laboratoires du Centre demeurent actifs afin de faire avancer leurs projets en cours. Considéré comme secteur essentiel, le Centre obtient la permission de demeurer ouvert.

« Nous nous sommes demandé ce que nous pourrions faire pour aider à la lutte à la pandémie, explique Nancy Déziel. Avec nos plateformes de biologie moléculaire et de bioprocédés industriels, nous travaillons déjà en collaboration avec l’industrie pharmaceutique au développement de biomolécules qui peuvent devenir des adjuvants pour des vaccins ou des protéines qui entrent dans les nouveaux vaccins ARN. Dans le cadre des subventions spéciales COVID-19, nous avons obtenu 5 projets. Nous avons travaillé à augmenter la production d’éthanol entrant dans la production de désinfectants et à produire des protéines virales spécialisées adaptées pour des équipes universitaires de recherche, qui désiraient accélérer le développement des tests de toxicité et de dépistage de la COVID-19. »

Détecter le virus de la COVID-19 dans les eaux usées des municipalités
Le Centre s’est proposé pour joindre l’initiative du regroupement Centreau et faire le monitorage et le suivi de la COVID-19 dans les eaux usées de la Mauricie. La directrice générale explique : « Avant que les gens constatent qu’ils ont contracté le virus, celui-ci peut être détecté dans les selles. Les analyses permettent sa détection avant même que les patients en soient informés. Le monitorage des eaux usées permet d’avoir des indices de la présence du virus dans un territoire donné qui peuvent aider la santé publique à prévoir les éclosions trois à cinq jours d’avance. Dans une usine de traitement rattachée à un quartier, l’arrivée d’une éclosion peut ainsi être détectée trois jours à l’avance, et des mesures ciblées pour le quartier peuvent être mises en place. Il s’agit là d’une pratique utilisée dans d’autres provinces, entre autres à Ottawa, d’un outil supplémentaire mis à la disposition de la santé publique dans la lutte actuelle. Nous apprenons de cette expérience. Il est pensable que ces méthodes puissent s’adapter à d’autres maladies dans le futur. Le Centre travaille en ce moment avec les villes de Shawinigan, de Saint-Tite et avec certaines communautés des premières nations. »

De nombreuses autres réalisations
50 % de l’ensemble des réalisations du Centre se font dans la région. Par exemple, avec la Société Laurentides de Shawinigan, le Centre a développé six produits qui sont maintenant commercialisés. Cette entreprise travaille en valorisation des matières résiduelles. Elle récupère des peintures pour en faire de nouveaux produits. L’entreprise contribue aussi à la récupération des piles. « Nous travaillons avec eux pour les aider à recycler les piles alcalines et au lithium. Nous connaissons actuellement de belles avancées dans ce projet grâce à de nombreuses collaborations universitaires et industrielles », précise Nancy Déziel.

Le Centre a aussi contribué à l’installation de l’usine de transformation du lithium à Shawinigan, Nemaska Lithium, et accompagné l’entreprise dans le pilotage de son procédé. « Nous avons monitoré les intrants et les produits finis issus de l’usine pendant un an et ça marche bien. Il s’agit là d’un procédé hautement innovant. L’entreprise est actuellement en restructuration au niveau de son financement. »

Un centre aux multiples plateformes et technologies
• Ce qui frappe quand on observe le CNETE, c’est la grande diversité de ses champs d’intervention : agriculture, services publics, pharmaceutique, mines et gaz, chimie verte, énergies renouvelables, composantes électroniques, etc.
Dans les CCTT, il existe deux types de centres de transfert : certains interviennent de façon verticale, mais d’autres, comme le CNETE, travaillent davantage de façon transversale. Les différentes plateformes d’expertises du CNETE trouvent leurs applications dans différents secteurs industriels :
• Biologie moléculaire
• Bioprocédés industriels
• Électrochimie
• Production et traitement des gaz et des GES
• Nanotechnologies
• Chimie analytique
• Technologies membranaires
• Traitement des sols

Vous trouverez la liste complète des services sur le site du CNETE.

« Ces différentes plateformes s’appliquent en chimie verte, en pharmaceutique et en production de bioénergie. Donc, des champs d’activités très larges qui nous donnent la force d’être très résilients. Quand un secteur d’activité va moins bien, nous pouvons travailler en collaboration avec des organisations des autres secteurs. Le champ des technologies environnementales est très large, et nous ne couvrons qu’une partie du domaine. »

Dans un contexte de préoccupation de plus en plus prégnante socialement pour le développement durable et la protection de l’environnement, le Centre connaît une expansion importante depuis une douzaine d’années. « Nous avons au Québec un terreau fertile pour les technologies environnementales. Les citoyens sont préoccupés par l’environnement. Nous prenons de l’avance, ce qui nous permet d’exporter dans le monde. Les gens sont conscients qu’il faut diminuer nos émissions de GES. Notre économie circulaire fonctionne. »

De nouveaux locaux non inaugurés
En 2017, le centre a obtenu une subvention majeure pour l’aménagement de nouveaux locaux. Comme les anciens locaux à l’intérieur du Cégep de Shawinigan ont été défaits, remis aux normes et agrandis de 40 %, le Centre a dû déménager dans des espaces temporaires avant d’intégrer ses nouveaux quartiers à l’automne 2019. Avec l’arrivée de la pandémie et le manque de disponibilité des décideurs politiques, ces nouvelles installations n’ont même pas pu être inaugurées officiellement. Malgré tout, le Centre planifie déjà un nouvel agrandissement. La directrice générale estime qu’il y a beaucoup d’avantages à ce que le centre soit installé au cégep plutôt que dans un parc industriel, car cela favorise la proximité des étudiant.e.s et des professeur.e.s. « Chaque année, près de 13 enseignants-chercheurs participent aux projets du Centre; une quinzaine de stagiaires du collégial y sont sensibilisés et contribuent à plusieurs activités. Ces démarches touchent quelque 2500 étudiant.e.s. Être collé sur le cégep génère une belle synergie. Que nous soyons là, qu’il y ait des interactions et que nous apportions un rayonnement pour le Cégep, je trouve ça important », affirme la directrice générale.

Un parc d’équipements impressionnant
130 appareils, 13 millions $ d’équipements de pointe : des chiffres qui illustrent l’importance du parc d’équipements du Centre. « Depuis une dizaine d’années, nous avons obtenu chaque année des budgets pour équiper nos laboratoires et différentes plateformes. Pour plusieurs d’entre elles, nous sommes équipés de laboratoires pour les petits tests, mais pour d’autres, nous allons jusqu’au volet pilote. Cela permet à nos clients de travailleur nos équipements de l’idée jusqu’au transfert et même de former leurs employés chez nous. Pour l’appropriation et le transfert technologique, c’est important. Cela permet de diminuer les risques pour les entreprises. Nous sommes vraiment choyés en matière d’équipements. Et nous les utilisons à leur plein rendement. Nous travaillons même sur deux quarts de travail. »

Voir le parc d'équipements sur le site du Centre

82 personnes et 70 partenaires institutionnels
Si on inclut les 13 enseignants-chercheurs du collège, le Centre compte 51 personnes ainsi que les professionnel.le.s du cégep qui soutiennent la mise en œuvre du Centre. « Même si nous sommes un OBNL, nous fonctionnons en étroite collaboration avec le Cégep. Et nous apprécions grandement l’appui indéfectible du Cégep envers le CNETE. Chaque année, nous accueillons une quinzaine de stagiaires du collégial, de 15 à 20 étudiant.e.s hautement qualifiés provenant d’universités du Québec et de l’étranger au niveau du BAC, de la maîtrise, du doctorat ou du stage postdoctoral. Dans notre catégorie, nous sommes en tête de liste des collèges canadiens pour le nombre d’étudiant.e.s rémunérés dans nos projets. Cette année, 82 personnes ont travaillé au CNETE. Nous collaborons avec d’autres universités et d’autres centres de recherche dans le cadre, entre autres, de six regroupements sectoriels québécois. Nous comptons 70 partenaires institutionnels depuis 5 ans et de nombreuses collaborations avec les autres CCTT, dans la mise en place de l’escouade énergie, entre autres », affirme Nancy Déziel avec fierté et enthousiasme. 


Note: Cette série d'articles sur les CCTT est rendu possible grâce à la participation de Synchronex



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