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Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur
Frédérique-Jade Belzile, nouvelle présidente de la FPSES-CSQ
Par Thérèse Lafleur, rédactrice

« J’amorce mon mandat avec la ferme conviction que la réussite et la vitalité de notre réseau reposent aussi sur celles et ceux qui sont essentiels à son bon fonctionnement. On ne se laissera pas abattre par le vent de face que nous subissons. » a déclaré la nouvelle présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ), le 27 février 2026.
C’est avec fierté et humilité qu’elle a accepté de porter la voix des 5 000 membres, donc 4 500 proviennent du collégial. Ces syndiqués œuvrent dans treize établissements du secteur collégial, trois du secteur universitaire et cinq organismes de services parapublics. La Fédération regroupe 21 syndicats qui représentent plus de 140 différentes classes d’emploi qu’occupent en majorité des femmes. La FPSES est affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).
En entrevue, madame Belzile rappelle les propos de son discours de candidature à la présidence. « J’ai mis l’accent sur le fait que je suis arrivée d’un peu nulle part, inexpérimentée et en apprenant sur le tas. En partageant cela, j’ai voulu dire aux membres de ne pas douter d’eux-mêmes, les motiver. Qu’ils sont légitimes dans leur rôle syndical. Que les gens ont besoin d’eux et qu’ils sont capables. Travaillons ensemble et croyons en notre mission d’aider les gens dans leur milieu de travail. »
Madame Belzile a évolué dans une famille qui s’intéressait à la politique, avec un penchant pour la gauche. Jeune maman, elle a pu poursuivre son parcours grâce au filet social que la société québécoise lui a offert. Sa famille l’a aussi accompagnée au fil de sa formation en secrétariat. « J’ai été bien entourée. On m’a encouragée à étudier. J’ai eu du soutien financier d’Emploi-Québec. Autrement, je ne serais pas arrivée à retourner aux études. »
En 2015, madame Belzile a obtenu un poste à la Formation continue du Cégep Édouard-Montpetit. En passant du secteur privé à l’enseignement supérieur, elle a vite constaté le changement de culture organisationnelle que cela représentait. Elle a adhéré avec enthousiasme à la mission des cégeps, convaincue de leur potentiel de formation tout au long de la vie. « J’ai surtout travaillé pour les formations en Éducation à l’enfance. Pour beaucoup de femmes, d’immigrantes, ce retour aux études représentait une deuxième chance. J’avais le sentiment du devoir accompli quand je pouvais soutenir leur cheminement. Ça rejoint mon côté féministe. »
Et cela n’a pas été long avant qu’elle s’intéresse au syndicat en place. « D’abord, j’ai accompagné une collègue à une assemblée générale. J’y ai vu une belle solidarité entre les employés. Je me suis vraiment retrouvée là-dedans. »
À son rythme, madame Belzile s’est rapprochée de l’exécutif syndical. Sa polyvalence et sa flexibilité l’ont fait remarquer. « Je voulais que cela fonctionne. Je voulais rendre service aux gens. » Et de fil en aiguille, elle est devenue déléguée syndicale au Cégep Édouard-Montpetit.
Ensuite, elle a été chaudement recommandée pour intégrer les instances de la Fédération. « Le poste de vice-présidente aux Affaires administratives rejoignait mes habiletés de secrétaire. En plus, je pouvais faire de la mobilisation, ce que j’ai beaucoup aimé au Cégep. J’ai donc posé ma candidature et été élue le 12 octobre 2018. » En passant du syndicat local à la Fédération, madame Belzile a intégré un nouvel univers. Toute une réorientation de carrière, selon elle.
Madame Belzile voit le syndicalisme comme un levier d’appui, d’information et de mobilisation, au-delà de la simple défense en cas de conflit. « On fait des batailles, on se fait reconnaître. On a de meilleures conditions de vie, conditions de travail. C’est le climat de travail qui nous préoccupe de plus en plus. Quand l’organisation du travail ne fonctionne pas, cela affecte tout le monde. On est là pour accompagner ces employés quand un changement est nécessaire. L’objectif est d’aller rejoindre les gens pour qu’ils connaissent mieux ce qu’est le syndicat. Qu’ils se sentent interpellés parce qu’on est là pour les aider. Ensemble, nous pouvons trouver de nouvelles approches constructives et non pas réactives. »
Gel d’embauche
Madame Belzile explique qu’à la base, il n’y a pas si longtemps, il y avait une pénurie de main-d’œuvre dans les cégeps. Depuis, le problème s’est inversé avec le gel d’embauche. Des emplois se sont perdus, des retraites et des invalidités ne sont pas remplacées. Cela fait en sorte que la charge de travail repose sur la ou les personnes en place. C’est lourd, le sentiment d’appartenance et la satisfaction du travail accompli en souffrent.
« On a beaucoup de témoignages dans nos différentes instances, les gens sont écœurés. Il y a beaucoup de roulement de personnel. Si on essaie d’engager des gens, il faut que ce soit en lien direct avec les étudiants. C’est la règle du gel d’embauche. C’est très subjectif. Par exemple, une agente de soutien administratif à la formation continue, est-ce que c’est en lien avec les étudiants ? Et celle qui est à la bibliothèque ? Bien qu’il y ait eu un certain assouplissement, la complexité demeure et de la paperasse s’ajoute. On est dans une ère de trop-plein. Réfléchir à réduire les accès à certains services est d’actualité. »
Compressions historiques
Les compressions ont engendré le gel d’embauche, c’est évident. Mais elles se font aussi ressentir sur le plan matériel. Selon madame Belzile « Les compressions ne sont pas seulement au niveau des services, c’est aussi au niveau des acquisitions. Le gouvernement parle d’investissement massif dans le réseau, des nouvelles cliniques, par exemple. Mais il va falloir embaucher ! Alors qu’acheter des livres ou remplacer du matériel est beaucoup plus regardé et qu’il y a un gel d’embauche pour maintenir les services existants. C’est complexe. »
S’ajoutent la problématique de la hausse de la clientèle étudiante, le manque d’espace et la vétusté des infrastructures qu’affectent les compressions, souligne-t-elle.
Attaques répétées
« Le plus récent projet de loi laisse sous-entendre que les syndicats sont des bandits. Les syndicats sont transparents et dévoilent leurs dépenses. Mais, comme partout, ils ne sont pas à l’abri des pommes pourries. Mais de là à tracer un portrait très négatif des syndicats, cela m’insulte personnellement. Le gouvernement n’a pas à s’ingérer dans nos affaires. Notre autonomie est en jeu. » mentionne madame Belzile.
Elle rappelle que ce sont les membres à la base qui sont souverains dans leur syndicat. Les membres peuvent intervenir si quelque chose ne fonctionne pas dans leur syndicat. Selon elle, le gouvernement va trop loin avec son projet de loi qui questionne l’obligation de cotiser au syndicat. Envisager l’exigence de vérifications comptables, d’audits, lui semble exagéré, notamment quand un syndicat de peu de membres doit payer des frais qui outrepassent sa capacité même de payer.

« Le gel d’embauche, les compressions historiques dans le financement des cégeps et des universités, et les attaques répétées du gouvernement envers les contre-pouvoirs, en premier lieu les syndicats, ne font que renforcer notre détermination à défendre les conditions de travail et de vie de nos membres » affirmait madame Belzile à la suite de son élection à la présidence de la FPSES-CSQ.


