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Nouvel Observatoire sur la réussite en enseignement supérieur

Par Thérèse Lafleur

Caroline Lessard, présidente du CAPRES et directrice du soutien aux études et des bibliothèques à l’Université du Québec 

Crédits photo : Lucie Charbonneau

Grâce à son Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieuri, le Québec entend augmenter la diplomation de sa population. Dans cette visée, il se dote d’un Observatoire sur la réussite en enseignement supérieur, l’ORES, afin notamment de favoriser le transfert de connaissances sur l’accessibilité, la persévérance et la réussite. Un Observatoire fondé sur la collaboration interordres collégial et universitaire.

La création de cet Observatoire hors du commun a été officialisée le 7 février 2022 par la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann. Lors du lancement, la ministre se réjouissait de voir un travail acharné porter fruitii. « À terme, ce sont nos étudiantes et nos étudiants qui en seront les grands gagnants ! »

C’est le Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieuriii, le CAPRES, qui élargira significativement ses activités pour devenir d’ici l’automne 2022 l’Observatoire sur la réussite en enseignement supérieur.Un déploiement qui bénéficie d’un investissement gouvernemental de 2,85 millions de dollars réparti sur trois ans.

« En fait, l’Observatoire représente la continuité du CAPRES qui est soutenu depuis vingt ans par le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette nouvelle entité sera placée sous la gouverne d’une future direction et le CAPRES va vraiment migrer vers l’Observatoire dès que les structures seront mises en place. » explique Caroline Lessard, présidente du CAPRES et directrice du soutien aux études et des bibliothèques à l’Université du Québec.

Rappelons que le Carrefour de la réussite au collégial, qui est chapeauté par la Fédération des cégeps, est partenaire du CAPRES et siège à son comité d’orientation.

Quatre grands mandats

« L’Observatoire sur la réussite en enseignement supérieur sera un lieu de convergence et de dialogue entre la recherche et la pratique sur la réussite en enseignement supérieur au Québec. Il vise ainsi à contribuer au développement d’un enseignement supérieur de grande qualité pour la société québécoise de demain. » affirme Émilie Foster, adjointe parlementaire de la ministre de l’Enseignement supérieur.

Cet Observatoire aura quatre grands mandats, soit :

• effectuer de la veille et diffuser les différentes tendances et prospectives découlant de la recherche et de la pratique ;
• favoriser la circulation des connaissances issues de la recherche et de la pratique et leur transfert vers les milieux de l’enseignement supérieur ;
• contribuer à la mobilisation de ces connaissances et au maillage des différents acteurs concernés par ces enjeux en enseignement supérieur grâce à une interface attrayante et conviviale ;
• devenir un vecteur de changement encourageant l’adoption de nouvelles pratiques par les milieux.

La pertinence de l’ORES

Le ministère de l’Enseignement supérieur a mené un chantier sur la réussite qui englobait les enjeux collégiaux et universitaires de demain. Les tendances, enjeux, pistes d’action et recommandations qui ont résulté de ces travaux sont présentés dans le rapport sur l’Université québécoise du futuriv.

Caroline Lessard mentionne que : « Depuis les tous débuts du CAPRES, il y a vingt ans, l’idée était de développer une culture concernant l’accessibilité, la persévérance et la réussite en enseignement supérieur. Tous les travaux réalisés depuis 20 ans ont donc été de documenter autant les enjeux, comme ceux de la formation à distance ou de la santé mentale, et parallèlement de documenter aussi les besoins et les défis vécus par les étudiantsen situation de handicap, les étudiants des Premiers peuples et les étudiants internationaux. En documentant autant les besoins que les enjeux, le CAPRES permet aux intervenants des établissements d’accompagner et de soutenir plus adéquatement les étudiants. Parce que si les intervenant sont une meilleure compréhension des défis et des enjeux, ils sont plus susceptibles de mettre en place des mesures et des programmes qui répondent vraiment aux besoins des étudiants. Ainsi, les étudiants auront possiblement de meilleures chances de réussir. »

« Et comme la population étudiante est beaucoup plus diversifiée, il faut bien cerner les enjeux et les besoins. Il n’y a plus un seul profil, mais de multiples profils étudiants, donc c’est important de bien les connaître pour répondre à leurs besoins. » ajoute-t-elle.

« LA » référence interordres

Le CAPRES est une référence en enseignement supérieur. « Depuis 2020, le CAPRES compte au-delà de 350 000 visites sur son site web. Il est connu et reconnu. Avec l’Observatoire, nous pourrons aller encore plus loin grâce aux ressources financières additionnelles. » précise madame Lessard.

En centralisant ainsi l’information en lien avec l’accessibilité, la réussite et la persévérance en enseignement supérieur, l’Observatoire devient une référence au Québec et dans le monde. En effet, aucun organisme ayant des caractéristiques similaires n’a pu être trouvé par ses protagonistes selon madame Lessard. C’est une grande innovation.

Madame Lessard ajoute : « Aujourd’hui nous commençons à voir les avantages de travailler interordres. Mais il y a vingt ans, au début du CAPRES, une telle collaboration collèges-universités n’était pas courante. Chacun travaillait de son côté prétextant des manières de faire et des enjeux différents. Mais je crois que les gens ont vu la valeur ajoutée de faire ce partage parce que ce que le CAPRES fait, son modèle de travail, c’est de travailler avec les personnes de la pratique et de la recherche, avec des intervenants du collégial et de l’université. Par exemple, quand nous traitons d’une thématique comme la santé mentale, nous mettons en place un comité d’idéation formé de chercheurs et de praticiens tant du collégial que de l’université. Une approche qui enrichit les travaux du CAPRES. Et quand nous faisons des activités pour diffuser les résultats, c’est la même chose, il va y avoir des chercheurs et des praticiens des collèges et des universités. »

Le rôle du MES pour créer l’Observatoire

En janvier 2021, quand le MES a fait des journées de consultation auprès des cégeps et des universités afin de préciser les besoins des établissements en lien avec la réussite, l’unanimité s’est faite pour regrouper l’information en un seul lieu. Les établissements voulaient avoir accès à des pratiques inspirantes et à plus de résultats de recherche. À partir de là, le MES s’est penché sur la création d’un Observatoire et a constaté que le CAPRES avait déjà toute l’expertise comme le mentionnaient d’ailleurs les participants aux journées de consultation.

Madame Lessard explique : « Avec le nouveau financement du MES, nous allons pouvoir identifier davantage les tendances et les prospectives sur les enjeux en enseignement supérieur toujours en lien avec l’accessibilité, la persévérance et la réussite.Et pour chacune des trois thématiques annuelles que nous développons, nous produirons une synthèse documentaire portant sur les enjeux, les bonnes pratiques et les pistes pour aller plus loin. Mais grâce aux ressources financières additionnelles, nous pourrons développer par intervenant et par public ciblepour dégager des pistes d’action spécifiques. »

Elle donne l’exemple d’un intervenant d’un cégep ou d’une université qui a un dossier sur la santé mentale. Cet intervenant va disposer de pistes d’action qui s’adressent spécifiquement à lui en matière de santé mentale. Il y aura d’autres pistes d’action destinées aux enseignants et aussi aux gestionnaires. En fonction de ces trois publics cibles, le nouvel Observatoire précisera des voies d’intervention pour les aider à modifier leur pratique ou à s’assurer qu’ils répondent bien aux besoins des étudiants.

Pour aller plus loin, ensemble

Madame Lessard ajoute : « Nous voulons aussi créer, pour chacun des dossiers thématiques, des outils de vulgarisation destinés aux personnes qui consultent ces dossiers, mais aussi aux conseillers pédagogiques qui veulent animer un atelier en utilisant le matériel que nous produirons : infographies, balados, vidéos, etc. Cela répond à une demande du milieu. En effet, les intervenants ont besoin de s’informer rapidement et n’ont plus le temps de lire 100 pages. Grâce au nouveau financement, nous serons en mesure de faire cela. »

Le CAPRES offre déjà un répertoire d’au moins trois pratiques inspirantes dans chacun des dossiers thématiques. Avec les ressources financières additionnelles, l’Observatoire pourra aller plus loin avec chacune des thématiques. Il est même prévu de répertorier les recherches concernant l’accessibilité, la persévérance et la réussite afin d’être au fait des plus récents développements. Une initiative qui permettra aussi d’identifier des pistes de recherche ou encore de cibler les intervenants vers qui se tourner pour avoir plus d’informations.

Convaincue du bien-fondé de ce nouvel Observatoire, madame Lessard ajoute : « Nous pourrons faire davantage d’activités de mobilisation et de transfert. Nous prévoyons accompagner annuellement un projet parce que c’est ce que demande le milieu. Fréquemment, les intervenants nous reprochent de commencer avec eux, de faire de la veille sur le site web, de rédiger des articles et de produire des synthèses documentaires ainsi que de proposer des activités, mais sans aller plus loin. Alors quand les intervenants sont prêts à modifier leur pratique et qu’ils auraient encore besoin d’être soutenus, nous n’intervenons plus. Donc nous prévoyons accompagner un ou deux projets, annuellement, pour répondre à ces besoins. Par exemple, l’équipe de l’Observatoire pourrait accompagner un petit groupe qui veut réfléchir et travailler sur la santé mentale en développant un outil qui pourra être utilisé par les intervenants. Un sujet en lien avec nos thématiques bien sûr. Nous pourrions ainsi aider les acteurs du milieu pour qu’ils s’approprient les enjeux et modifient leurs pratiques afin de s’adapter et de répondre aux besoins des étudiants. De plus, leur démarche pourra être transférable. »

« Un projet annuel qui se fera avec des gens qui veulent, des chercheurs et des praticiens qui ont le goût de travailler ensemble, en interordre. Des équipes susceptibles de permettre davantage d’accès aux résultats de recherche, mais de manière vulgarisée. En ce sens, les bureaux de recherche et les centres collégiaux de transfert de technologies seront de précieux alliés. » conclut madame Lessard.


iPlan d'action pour la réussite en enseignement supérieur 2021-2026
iiL’université québécoise du futur
iiiConsortium d'animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur (CAPRES)
ivL’université québécoise du futur