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Chantier sur la réussite

Un taux de réussite spectaculaire en philo au Cégep de Granby

Au Cégep de Granby, le taux de réussite des étudiant-e-s au premier cours de philosophie a fortement augmenté depuis deux ans. Un succès qui découle d’un travail de réflexion et de concertation mené par les enseignant-e-s du programme.

Par Élise Prioleau, rédactrice

Source: RDNE Stock project, Pexels

Dans la foulée du Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur 2021-2026 (PARES), la direction du Cégep de Granby a choisi d’investir les sommes obtenues dans la libération d’enseignant-e-s afin de mener une réflexion sur les cours « défis », ces cours de la formation générale qui sont généralement moins bien réussis par les étudiant-e-s.

Au terme de réflexions communes, d’observations en classe et de délibérations, les enseignant-e-s impliqués ont proposé des stratégies pour mieux soutenir les étudiants. L’une d’elles a été la mise en place d’un cours de renforcement en philosophie obligatoire pour les étudiant-e-s qui ont une moyenne de 70% et moins au secondaire. Ceux-ci essuyaient un échec au premier cours de philosophie Dans 75% des cas.

« Sans réduire nos attentes, nous avons voulu nous assurer qu’il y a une gradation cohérente des défis qui sont demandés aux étudiant-e-s. Entre le secondaire et le premier cours de philo, on trouvait que la marche était un peu trop haute. Le cours de renforcement permet de mieux préparer les étudiants », explique Vincent Larose, directeur général du Cégep de Granby.

Intitulé « Habiletés philosophiques pour lire et écrire », le cours de renforcement permet aux étudiants plus à risque de perfectionner leurs compétences en lecture et en écriture, et ainsi d’augmenter leur sentiment de compétence. « On plonge avec eux dans des textes et on les aide, entre autres, à développer la compétence de lecture active de textes philosophiques. Ils apprennent aussi à repérer les concepts principaux des textes et à écrire un résumé », explique Mélissa Caron, enseignante en philosophie au Cégep de Granby.

Vincent Larose, directeur général du Cégep de Granby

En plus de perfectionner leurs compétences en lecture et en écriture, le cours de renforcement permet aussi aux étudiant-e-s d’apprendre le « métier d’étudiant » au cégep. « Ils apprennent les bonnes pratiques, comme arriver à l’heure. Quand ils n’ont pas encore acquis de bonnes habitudes et manquent un cours sur deux en début de session dans le cours philo 101, qui est très chargé au niveau du contenu, ça vient affecter leur réussite », précise l’enseignante.

Un langage et des habiletés en commun

Pour favoriser la réussite, les enseignant-e-s du département ont adopté une approche pédagogique commune axée sur l’acquisition des habiletés de la pensée.

Parmi ces habiletés figurent celles d’« élaborer une problématique pertinente sur une question », de « formuler une thèse et présenter judicieusement des arguments », « respecter les exigences de la rationalité dans l’argumentation » et « rédiger un texte argumentatif d’au moins 700 mots ».

« On continue d’avoir toute la liberté de pouvoir enseigner les contenus qui nous intéressent, mais maintenant on a les habiletés de la pensée comme langage commun. Un étudiant qui reprend le cours ou qui passe au prochain cours ne sera pas en terrain inconnu. Les compétences reliées aux habiletés de la pensée vont être revues dans tous les cours de philo », explique Mélissa Caron, enseignante de philosophie.

Un cahier des habiletés a été produit à l’usage des enseignants. Un document dans lequel sont schématisés et détaillées les différentes habiletés de la pensée que doivent acquérir les étudiants dans leur parcours de philosophie.  Un cahier qui permet aux enseignants d’adopter une approche commune autour des compétences philosophiques, mais aussi de les présenter aux étudiants avec un vocabulaire commun.

« Auparavant, on utilisait un langage commun, mais avec une certaine variété de vocabulaire qui mélangeait parfois les étudiants. À travers le cahier des habiletés, on a adopté un langage commun dans le département pour aborder les habiletés de la pensée », précise Mélissa Caron.

On travaille fort à rendre accessible la philosophie. Sans simplifier à outrance et dénaturer la discipline, on mise sur les habiletés philosophiques. C’est cela qu’ils vont pouvoir utiliser de manière transversale dans leur vie de citoyens et leur vie personnelle.Mélissa Caron, enseignante en philosophie au Cégep de Granby

Rendre accessible la philosophie

Les enseignants du département de philosophie se sont également rendu compte que les étudiants des programmes techniques avaient davantage de difficulté avec le premier cours de philo. Pour donner davantage de sens aux habiletés philosophiques et favoriser la motivation des étudiant-e-s des filières techniques, des enseignants en philosophie sont allés à leur rencontre.

« On a commencé à animer des dialogues philo dans les cours de techniques. On abordait des problématiques vécues dans leurs disciplines. Ça a permis aux étudiant-e-s de se rendre compte que la philo n’est pas seulement un discours abstrait, ça leur permet aussi de prendre de bonnes décisions dans leur vie personnelle et de faire d’eux des techniciens plus éclairés », souligne Mélissa Caron.

Mélissa Caron, enseignante en philosophie au Cégep de Granby

« On travaille fort à rendre accessible la philosophie. Sans simplifier à outrance et dénaturer la discipline, on mise sur les habiletés philosophiques. C’est cela qu’ils vont pouvoir utiliser de manière transversale dans leur vie de citoyens et leur vie personnelle », précise l’enseignante.

Cette volonté de rendre plus accessible les habiletés philosophiques a amené les enseignant-e-s du département à opter pour une approche pédagogique mixte dans le premier cours de philo. Une approche qui combine un enseignement traditionnel des habiletés de pensée et une approche d’apprentissage « en contexte », notamment à travers des dialogues vécus en classe par les étudiant-e-s.

Pour rejoindre leurs intérêts, Mélissa Caron et ses collègues utilisent également des arguments présents sur les réseaux sociaux afin de les analyser avec leurs étudiant-e-s. « Quand on leur fait analyser les arguments, on les fait utiliser du contenu d’influenceurs. On analyse ces contenus-là, en plus des contenus plus classiques. On a opté pour un mélange des genres en philo, pour que la philo fasse sens pour les étudiant-e-s, que ce soit lié à leur vécu », explique-t-elle.

Un cégep impliqué activement dans la réussite de ses étudiant-e-s

Tout comme le département de philosophie, celui de français a aussi mené le même type d’exercice de réflexion afin de dégager des mesures pour favoriser la réussite des étudiants.

« On a libéré des professeurs, qui ont réfléchi de leur côté à créer davantage de cohérence entre les différents cours de français, tout en préservant l’autonomie des professeurs. Ça a donné aussi de bons résultats », explique Vincent Larose, directeur général du Cégep de Granby.

Chantale Tremblay, directrice adjointe à la direction des études

En 2023-2024, les résultats aux cours de première session en philosophie et en français ont connu « les meilleurs niveaux des dix dernières années », peut-on lire dans un communiqué de presse du Cégep de Granby.

La même approche réflexive départementale a lieu cette année en mathématiques, un autre domaine où la marche entre le secondaire et le collégial est pour certains difficile à franchir. « Il y a une forte réflexion sur les méthodes pédagogiques en première session, parce que ça peut être ardu pour les étudiants en provenance du secondaire de s’adapter parfois à des nouvelles méthodes de travail et de résolution de problèmes. Les termes ne sont pas pareils, les méthodes et le niveau varient entre le secondaire et le cégep », décrit Vincent Larose, directeur général du Cégep de Granby.

Le vaste chantier sur la réussite et l’inclusion scolaires mené depuis 2022-2023 au Cégep de Granby se poursuit. Une réflexion axée sur les cours de première session, dont les résultats influencent fortement le parcours des étudiants, comme le rappelle Chantale Tremblay, directrice adjointe à la direction des études. « La recherche a démontré que plus on minimise les échecs en première session, plus on favorise la réussite des sessions ultérieures, la rétention et la diplomation des personnes étudiantes. »





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