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Le Fab Lab "Orange mécanique" du Cégep de Thetford est lancé

2014-11-10


Le Cégep de Thetford a annoncé récemment le lancement d’un nouveau Fab Lab, nommé « Orange mécanique ». Nous nous sommes entretenus avec l’initiatrice du projet, Mme Sarah Thibault, enseignante au Département de mécanique.

C’est quoi un Fab Lab?
« C’est un atelier communautaire qui est ouvert à la population en général. Chaque Fab Lab est teinté par la communauté où il est né et qui lui donne sa teinte personnelle. Des équipements sont mis à la disposition de la population afin que les gens puissent venir faire leur propre projet. Ce n’est pas nécessairement un atelier de mécanique. Il peut y avoir un atelier en chimie, en biologie ou dans d’autres domaines », de nous expliquer Sarah Thibault.

Le concept du Fab Lab est né à Cambridge au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Le premier Fab Lab a été lancé en 2002 par le professeur Neil Gershenfeld. Il a été créé afin d’explorer et d’expérimenter le passage de la conception numérique à la fabrication d’objets physiques et de déterminer son potentiel transformateur sur la société. Ainsi, l’un des vecteurs d’expérimentation consistait à vérifier l’effet de ce passage sur le mode de vie des communautés locales. Plus précisément de voir si (et potentiellement comment), une communauté peut devenir plus créative et productive si elle a accès localement à une technologie. En d’autres termes, on voulait permettre aux personnes de ne plus se restreindre à l’apprentissage abstrait des sciences et du génie en leur donnant le pouvoir d’appliquer ces sciences afin de résoudre des problèmes locaux et ainsi d’exprimer leurs besoins de créativité.

Au Québec, il existe déjà une communauté  d’ateliers de fabrication numérique : FABLABS Québec. On peut retrouver sur leur site des informations entre autres sur la Charte des Fab Labs, les orientations et la gouvernance, les projets en cours. (http://fablabs-quebec.org/)

Pourquoi à Thetford?
Sarah Thibault a eu l'idée de lancer un Fab Lab au Cégep de Thetford en écoutant un reportage à Radio-Canada sur le sujet. « Je me suis dit que les cégeps étaient les institutions les plus appropriées pour tenir ce genre d’atelier, parce qu’ils ont l’expertise, la disponibilité et que tous les équipements dont ils disposent ne sont pas surutilisés. Pour les cégeps, c’est une façon de se rapprocher de la population locale.» L’idée d’un Fab Lab à Thetford cadre bien avec le contexte socioéconomique de la région.  À partir de 1986, le déclin des minières s’est fait amèrement sentir au niveau économique : la région a dû, et doit toujours, se réorienter et développer son réseau de PME. De grands efforts ont été faits en ce sens, efforts dont nous commençons tranquillement à récolter des fruits. Ce qui facilite l’économie de la région profite au collège. Le président de la Société de développement économique (SDE) s’est montré d’emblée intéressé par le projet et a assuré les promoteurs de son soutien », affirme Sarah Thibault.

Prototypeuse rapide ou Imprimante 3D:  une DIMENSION SST1200ES, technologie FDM à 2 buses (matériel et support).

D’où vient le nom « Orange mécanique »?
L’idée de nommer le Fab Lab « Orange mécanique » vient d’un remue-méninges.      « La couleur orange, c’est la couleur du collège dans toutes ses communications. De plus, l’idée venait du Département de mécanique. Le nom est aussi un clin d’œil au célèbre film de Stanley Kubrick. En poussant la recherche, on réalise que Kubrick était un autodidacte. L’idée derrière les Fab Labs veut que nous mettions à la disposition des gens des équipements qui leur permettent de manipuler et d’apprendre par eux-mêmes. Une autre forme d’apprentissage moins structurée. Dans le film, on essaie de faire entrer quelqu’un dans le moule, avec assez peu de succès… Les décrocheurs ont souvent un parcours aussi irrégulier… »

Les objectifs poursuivis
Pour le département de mécanique, ce projet vise à augmenter la visibilité du département. Le programme connaît des difficultés de recrutement. « Le Fab Lab nous rendra plus visibles; les gens vont parler de nous. Nous espérons ainsi favoriser le recrutement de nouveaux étudiants. » Le Fab Lab permettra également aux étudiants en sciences qui se destinent à des études en génie à l’université de venir à l’atelier dans le cadre de leur projet de fin d’études. Déjà, ils allaient dans les ateliers, sans structure pour les accueillir.

La clientèle visée
En principe, un Fab Lab ne refuse pas des gens. Mais l’atelier peut créer des activités qui sont plus susceptibles d’intéresser une clientèle jeune, par exemple. « Notre Fab Lab va s’adresser à tout le monde. Mais nous devons, dans la mesure du possible, susciter l’intérêt des jeunes afin qu’ils optent pour les techniques dites “ lourdes ” comme la mécanique et la plasturgie. Ce projet rendra le cégep plus accessible. Souvent, les élèves du secondaire ont l’impression que le cégep c’est loin et que ce n’est pas pour eux. »

Photo d'une pièce imprimée. C'est un petit assemblage  - une clé à molette - tout à fait fonctionnel.

La mécanique et la plasturgie à l’honneur
Le Fab Lab Orange mécanique veut miser sur ses acquis en mécanique et en plasturgie. Déjà les deux programmes partagent un outil important pour ce genre de projet : une prototypeuse (une imprimante 3D). Sujet d’actualité, s’il en est. Selon les besoins des gens qui fréquenteront l’atelier, celui-ci pourra orienter ses activités. Des gens ont déjà manifesté leur intérêt. « Une personne qui a conçu une bouteille en plastique super-révolutionnaire nous a contactés afin de la mettre en marché. Elle part de zéro. Le Fab Lab peut lui permettre d’apprendre les logiciels, les outils nécessaires. »

Comment va fonctionner le Fab Lab?
« On ne lance pas un Fab Lab tout seul dans son coin. Les Fab Labs fonctionnent en réseau. La dimension communautaire est importante. À chacune des étapes, il faut documenter. Il doit être accrédité pour en accréditer un autre. C’est FabLab Québec qui nous sert de guide et de parrain. » D’autres cégeps sont intéressés par cette idée. Il est donc fort probable que se développe un réseau collégial d’ateliers de fabrication numérique. Des communications et des collaborations sont amorcées.

L’appui du collège est important dans la réalisation d’un tel projet, appui tant politique qu’administratif. « L’accès à l’atelier est gratuit. Mais, si quelqu'un décide de réaliser un projet, il devra assumer les coûts des biens consommables. Imprimer un objet occasionne des coûts en termes de résine. Si quelqu'un veut fabriquer quelque chose en acier, c’est lui qui va payer son acier. Pour régler ces aspects techniques, le soutien du collège s’avère précieux. »

Développer chez les jeunes un intérêt pour les sciences
Pour Sarah Thibault, c’est ce genre de projet qui peut développer chez les jeunes un intérêt pour les sciences. « Depuis la mise en place du nouveau programme de sciences au secondaire, il y a trois voies de sorties au secondaire. En génie mécanique, la voie d’entrée, c’est le volet technico - sciences. Dans notre région, les commissions scolaires ne l’offrent pas, faute de demandes. Situation problématique pour tous les programmes de techniques physiques au cégep. »

Entrevue et article réalisés par M. Alain Lallier, édimestre au Portail du réseau collégial.



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