Dossiers / Recherche et innovation / Pratiques sociales et éducatives novatrices

Ouvrir les portes de l’innovation avec LLio

2021-04-05


Par Alain Lallier


Entretien avec David Guimont, co-coordonnateur du LLio (Living Lab en innovation ouverte), CCTT rattaché au Cégep de Rivière-du-Loup

Lors du dernier palmarès Canada’s Top 50 Research Colleges 2020, le Cégep de Rivière-du-Loup s’est positionné au 1er rang dans la catégorie Research Colleges by Growth. Et pour cause, puisque le financement des activités de recherche du Cégep, obtenu à l’aide de subventions et de contrats de recherche appliquée, a augmenté de 526,7 % par rapport à l’année 2018-2019. Le Cégep s’est également classé au 2e rang canadien pour le nombre d’étudiant.e.s embauché.e.s dans ses projets de recherche et au 8e rang dans la catégorie Research Intensive Colleges. Ces honneurs reviennent au Groupe de recherche en environnement et biotechnologie (GREB) et au Living Lab en innovation ouverte (LLio) du Cégep. Le Portail a rencontré monsieur David Guimont, cocoordonnateur du Living Lab en innovation ouverte.

Fondé en 2012, le Living Lab est reconnu comme centre collégial de transfert technologique (CCTT) en 2018. À titre de centre de transfert en pratiques novatrices, le LLio se définit comme un centre transversal, c’est-à-dire qu’il s’intéresse aux processus d’innovation ouverte, à la présence de l’humain dans ses dimensions sociales, technologiques ou d’affaires. « Comme CCTT, nous intervenons du côté de l’industrie, des PME, des territoires et des organisations, explique David Guimont. Nous faisons de l’aide technique, de la recherche appliquée, de la formation, de l’information et de la diffusion. En situation d’aide technique, notre type d’accompagnement vise l’expérimentation d’approches d’innovations collaboratives en résolution de problèmes. Nous pouvons, par exemple, aider à installer une cellule d’innovation dans un ministère ou accompagner la mise en place d’un laboratoire d’innovation (Living Lab) dans un contexte donné. Nous n’utilisons pas seulement l’approche Living Lab, mais également plusieurs autres approches que nous mettons en œuvre nous-mêmes ou à l’intérieur de projets avec des partenaires. Nous travaillons à mettre en place un écosystème dans un projet d’exploration et d’expérimentation qui permet de faire émerger des solutions. Nous nous faisons toujours un devoir d’être centrés sur les usagers, impliqués dans la démarche, et nous nous assurons que les expérimentations se concrétisent sur le terrain. Nous aidons les organisations à adopter des pratiques pour inventer explorer, et ce, dans des contextes concrets, pas seulement en laboratoire aseptisé. »


Une expertise à l’aune de l’innovation et de la technologie
Dans plusieurs de nos projets récents, on trouve deux mots clés : « innovation » et « numérique ». « Notre champ d’expertise demeure l’innovation et non pas le numérique. Le numérique devient pour nous un prétexte et un terrain sur lequel expérimenter les approches collaboratives, ajoute le cocoordonnateur. Plusieurs de nos projets ont des visées de transformation numérique des organisations et de littératies numériques des personnes. Nous faisons ce transfert, et ce, tout en portant une attention particulière sur la façon de mieux collaborer et travailler ensemble à distance. Compte tenu du contexte, le numérique est actuellement très utilisé comme outil de collaboration. Les partenaires l’utilisent de plus en plus, par exemple pour animer des rencontres de travail sur la plateforme ZOOM avec des tableaux blancs interactifs. »

Laboratoire vivant – Culture, Tourisme et Numérique en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
Dans le projet du Laboratoire vivant – Culture, Tourisme et Numérique en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le centre a accompagné trois laboratoires vivants, trois organisations hôtes avec leur propre écosystème, soit la Corporation de gestion et de mise en valeur du Mont-Saint-Joseph, Exploramer et le Festival Musique du Bout du Monde. Ces dernières ont fait une démarche d’exploration et d’expérimentation du numérique pour les aider à développer les expériences qu’elles offrent, des expériences culturelles et touristiques qu’elles peuvent enrichir à l’aide du numérique. « Ces démarches, qui peuvent durer une dizaine de mois pour comprendre les enjeux, consistent à écouter avec empathie les utilisateurs potentiels, puis à faire du remue-méninges et du prototypage de validation des processus. »

En plus du numérique, d’autres domaines deviennent des prétextes à cocréer. Par exemple, le vaste projet FabRégion est en cours au Bas-Saint-Laurent sur la transition socio-écologique et la gouvernance régionale.

 

Vermat! C'est le nom donné à notre nouveau projet de développement de biomatériaux au Fablab. Deux étudiantes, Laura Dalmasso et Camille Myriam Landry, ont reçu une bourse de recherche pour fabriquer, caractériser et développer des usages pour les biomatériaux à base de résidus proposés sur https://materiom.org/. (Source: Fab Lab Fabbule)

Les liens avec le Cégep de Rivière-du-Loup
Le LLio entretient des liens étroits avec plusieurs départements et programmes du Cégep de Rivière-du-Loup. Les départements d’Électronique industrielle, de Design d’intérieur, des Sciences de la nature, entre autres, utilisent le Fab Lab pour expérimenter et fabriquer des objets. Le centre embauche aussi des étudiant.e.s en Sciences humaines, en Design d’intérieur, en Informatique et en Techniques de loisirs pour aider à l’animation ou au traitement des données. Cet automne, le centre a embauché des étudiant.e.s à l’aide d’une bourse MITAC pour faire un projet Fab Lab (Fabbulle) sur les biomatériaux. « On peut faire des matériaux avec des coquilles d’œufs ou d’huîtres. Nous contribuons à une banque mondiale de biomatériaux. D’une certaine façon, c’est de la biochimie. C’est pourquoi nous faisons appel à un professeur du Groupe de recherche en environnement et biotechnologie (GREB). Ce qui nous intéresse, c’est le contexte d’exploration, à savoir comment les étudiant.e.s apprendront à se donner une posture de recherche d’exploration dans le but d’innover. Avec le programme de Sciences humaines, nous mettons en place un laboratoire social pour permettre aux étudiant.e.s de travailler sur des problématiques réelles avec des partenaires externes et des approches plus collaboratives et innovantes. »

Une équipe très créative
Le LLio compte sur une équipe de 16 personnes permanentes, en ajoutant les étudiant.e.s et les collaborateurs à temps partiel, l’équipe s’élargit à 25 individus. La présentation des membres de l’équipe sur le site Web se démarque par sa créativité. Par exemple, Rachel Berthiaume, cocoordonnatrice, se présente comme « contamineuse en chef », Martial Dubois, « encapaciteur à innover », Annie Côté, « mixologue de talents et d’idées », Pierre-Alexandre Morneau-Caron, « Tangibilisateur maïeutique » et Marie-Amélie Dubé, « diseuse de belles aventures » (voir les autres portraits).

Vers une zone d’innovation régionale
De plus en plus, la région de Rivière-du-Loup est reconnue pour son image de marque en innovation socio-économique. David Guimont nous confirme que la région n’est pas plombée par la mono-industrie, même si des têtes d’affiche industrielles de taille majeure se démarquent. Le tissu économique est diversifié et dynamique.« Le prochain défi, c’est la possibilité de mettre en place une zone d’innovation. Le centre fait partie d’un projet collectif du territoire, et si ce projet se concrétise, ce sera intéressant pour nous, car ce sera un beau terreau d’explorations et d’interventions. Comment aider à créer des synergies à l’intérieur d’une zone d’innovation? Comment Rivière-du-Loup peut-elle devenir un modèle et un creuset d’expérimentations avec de possibles transferts vers d’autres régions du Québec? Le prochain axe d’interventions pour nous, ce sera ces écosystèmes d’innovation régionaux. Comment s’assurer que le feu prenne? », conclut-il.


Note: Cette série d'article sur les CCTT est réalisée en collaboration avec Synchonex.



Les partenaires du Portail