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Dans notre face : les transitions
Par Catherine Gauthier, Directrice générale, Environnement JEUnesse
Alors que la planète s’est déjà réchauffée d’un degré par rapport aux niveaux pré-industriels, que les scientifiques nous disent qu’il reste à peine une décennie pour changer de cap et que les gouvernements privilégient une politique des petits pas en matière de climat depuis trop longtemps, l’urgence d’agir face aux changements climatiques se fait sentir plus que jamais.
Ce printemps, nous étions loin de nous douter qu’une pandémie mondiale viendrait bouleverser nos vies. La crise de la COVID-19 nous amène à revoir nos méthodes de travail, à développer de nouvelles compétences – de la cuisine aux technologies pour le télétravail, en passant par la couture ou la réparation de vélo – ou à encourager la pratique des transports actifs pour maintenir une distanciation physique.
Le ralentissement économique forcé nous oblige aussi à questionner notre modèle économique et nos aspirations en tant que société. La tension est vive entre un individualisme plus fort et l'expression d'une plus grande solidarité. Les propositions de la jeunesse pour transformer notre société trouvent aujourd’hui un écho et une pertinence renouvelée.
La décroissance, les revenus de base garantis, les modes de vie alternatifs, la solidarité intergénérationnelle, la pratique généralisée de la marche ou du vélo, les circuits courts en alimentation… toutes ces idées méritent d’être revisitées dans un contexte de pandémie. Les propositions pour effectuer une relance verte sont nombreuses, et il ne faudrait pas (encore) manquer le bateau.
Faire connaître et accélérer les transitions
Il y a un an, ENvironnement JEUnesse lançait le programme Jeunes leaders pour l’environnement afin de former une relève de jeunes ambassadeur•drice•s pour le climat, âgé•e•s de 16 à 35 ans, à même d’offrir des conférences auprès de publics variés, de contribuer à la mobilisation des jeunes sur les questions climatiques et de relever le défi de réaliser un projet collectif.
Le projet retenu a beaucoup évolué au fil des derniers mois. Le 22 avril dernier, la cohorte 2019-2020 des Jeunes leaders pour l’environnement dévoilait l’exposition photo « Dans notre face: les transitions ».
À travers cette exposition, les jeunes ambassadeur•drice•s pour le climat vous invitent à plonger dans leur parcours à travers les routes du Québec, de Gaspé à L’Anse-Saint-Jean, en passant par Sainte-Julie et Chertsey, pour découvrir des portraits inspirants d’individus qui témoignent, à leur manière, que différentes transitions - sociale, culturelle, écologique et politique - sont possibles, et bien vivantes.
Au fil des portraits, les jeunes leaders nous présentent leurs rencontres d’une famille zéro déchet, d’un duo copropriétaire du premier « earthship » au Québec ou encore d’une coopérative de mode écoresponsable.
« Le but ultime du projet était vraiment de contribuer à l’accélération des multiples transitions et à une transformation sociale positive et inclusive. » –Sandrine Giérula, 20 ans, Laval
Parmi les onze portraits, c’est celui de Billie qui est le coup de cœur de Sandrine. Les lignes qui suivent présentent ainsi le portrait intitulé « Le Verger de l’Évolution ».
Le Verger de l’Évolution
Après avoir visité la Seigneurie des Aulnaies, nous avons repris la route pour quelques minutes, le temps de traverser quelques champs et collines de la région. Nous avons rencontré Billie sur le bord d’une route de campagne, proche d’une forêt bucolique où, à l’orée des bois, se trouve une grange nouvellement bâtie qui fait office d’école : le Verger de l’Évolution.
Billie nous accueille avec le plus grand des sourires, s’esclaffant du fait que nous nous sommes déplacées jusqu’ici sans raquettes, comme si elle attendait des amies de longue date. Je remarque sous le pare-brise de son auto une collection de petits objets naturels hétéroclites : des roches, une fleur, un coquillage, et même une libellule. Une collection de curiosités qui me fait sourire, puisque c’est exactement ça, dans son état le plus simple et pur, ce rapport symbiotique que l’on pourrait développer avec la nature.
Grange cultures verger et permaculture.
Nous entamons notre marche vers la grange et les cultures de baies sauvages. Billie nous explique le premier projet du verger: cultiver des petits fruits québécois, pour éduquer les jeunes sur la richesse comestible du Québec. La quintessence du verger réside dans cette vision de développer la résilience des enfants et leur rapport à la Terre, par une éducation contemporaine, créative et extérieure. Elle nous parle d’ailleurs avec enthousiasme des prochains projets du verger, notamment de créer une forêt nourricière impliquant des élèves de tous les niveaux et une activité terrain où l’on développerait des notions intrinsèques en rapport avec la nature sur la permaculture. On y préparerait les jeunes, sans le mentionner, aux transitions nécessaires face aux changements climatiques.
« Je veux éveiller quelque chose de créatif dans la tête des enfants, pas enfoncer une forme géographique dans leurs crânes. » –Billie
On poursuit notre rencontre dans un diner tout droit sorti des années 50, un des endroits préférés de Billie, dans un décor chaleureux et rose bonbon. Nous prenons le temps de discuter de nos vies, à rêver de transition et à tisser des liens. Billie nous parle de son changement de carrière drastique: issue du milieu de la mode à Milan, elle quitte le tout pour se diriger en agriculture biologique à La Pocatière et se rapprocher de sa jeune fille, qu’elle rêve d’éduquer autrement. Puis, sans le savoir, nous étions en train de contribuer au rêve de Billie, celui de bâtir une communauté résiliente, tricotée serrée par un désir commun d’éveiller tous les possibles.
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