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Tragédie du 11 septembre 2026

Le Jour noir du Collège Dawson, 20 ans après

Quand l’inqualifiable s’est produit au Collège Dawson il y a 20 ans, Richard Fillion l’a vécu de front. Alors directeur général, il rappelle la force d’une communauté résiliente et le pouvoir de la mission éducative.

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

Richard Filion, directeur général du Collège Dawson à l'époque du drame

« Il y a 20 ans, le 13 septembre 2006, la journée était radieuse, le soleil brillait. Midi venait de sonner. Bon nombre d’étudiants et d’étudiantes flânaient à l’extérieur, côté Maisonneuve. Puis, soudainement, la foudre frappa, ébranlant profondément la communauté du Collège Dawson, et, du même coup, la communauté montréalaise, le Québec et une bonne partie du monde occidental. L’assaut violent devait coûter la vie à Anastasia De Sousa et blesser quelque 20 autres personnes, dont certaines gravement, tout en infligeant des sévices psychologiques à des centaines d’autres.

Cet assaut s’était produit, avais-je dit alors, comme un “coup de tonnerre dans un ciel sans nuages”. »[i]

"Direct" de l'enchaînement dramatique 

Peu avant midi ce mercredi-là, le gardien de sécurité signale du trafic illicite de drogue. Les policiers sont attendus dans l’après-midi. Par un hasard providentiel, dès midi, une autopatrouille se stationne à l’entrée, côté Maisonneuve.

Au même moment, l’assaillant se prépare à entrer dans le Collège. Surpris par l’arrivée de policiers, il tire  dans la foule. Voyant des corps tomber, les policiers tentent de le coincer. Rapidement, le tireur se débarrasse de son sac. Un passant lui sert de bouclier pour entrer avec son arme semi-automatique.

Averti des coups de feu, à la fois sous le choc et en colère, monsieur Fillion se précipite à la mezzanine surplombant l’Atrium où les étudiants se réunissent pour dîner. C’est la panique, les balles pleuvent. Anastasia De Sousa est touchée. Le tireur avance toujours en se protégeant derrière un étudiant. C'est alors qu'un policier atteint le tireur, il tombe et met fin à ses jours avec son revolver.

Mais si les policiers s’étaient présentés plus tard. Et si le tireur avait pu entrer avec son sac qui contenait 1500 balles. Cet assaut, prémédité, aurait été une hécatombe.

« Aucun signe avertisseur n’avait permis d’anticiper et de prévenir un tel acte démoniaque. Nous avions des plans d’urgence pour faire face à des désastres naturels ou à des bris technologiques, mais pas de plans pour un tireur actif. Et même si nous en avions eu, “le diable trouvera toujours le moyen de déjouer vos meilleurs plans”. »[ii]

Accuser le coup

À la suite du drame, le Collège était devenu zone de crime. En urgence, le personnel cadre se réunissait à proximité. De retour chez lui après la conférence de presse officielle, monsieur Fillion constatait que la nouvelle était dans tous les médias. Ne trouvant pas le sommeil, il a alors noté les priorités : remettre le bâtiment en état et préparer la rentrée des étudiants. À la fois son expérience et son instinct lui ont dicté la marche à suivre.

Tôt le lendemain du drame, les choses s'étaient enchaînées rapidement pour lui et la directrice des communications, Donna Varicca. Le premier ministre Jean Charest, offrait le soutien du gouvernement. Interviews et conférences de presse se multipliaient. Pendant l’année qui a suivi, monsieur Fillion et madame Varicca ils ont fait près de 30 présentations au Canada et aux États-Unis en lien avec ce drame. Rapidement après la tragédie, le réseau collégial a raffiné ses plans d’urgence et adopté des mesures à prendre face à un tireur actif. 

Composer avec les suites

Monsieur Fillion affirme que c’est la résilience de la communauté qui a permis de reprendre pied après ce choc terrible. Très rapidement, la volonté d’entreprendre un processus de guérison s’est imposée.

« Notre objectif était de s’assurer que tant les étudiants que les employés seraient en mesure de revenir au Collège aussitôt que possible, de briser l’isolement, d’échanger avec leurs amis et leurs pairs, de partager leur douleur et leur tristesse, et de passer à une autre étape de leur vie.

L'entrée du Collège Dawson

Deux jours après la tragédie, le vendredi 15 septembre, le personnel a été convoqué à une réunion générale (800 personnes se sont présentées) avant de pouvoir avoir accès aux locaux et récupérer leurs affaires. Trois jours plus tard, le lundi 18 septembre, à l’heure même de la tragédie, des milliers d’étudiants ont repris leurs études. »[iii]

Bien qu’ensuite tous les efforts aient été faits pour sécuriser les lieux, il n’était pas question de transformer le Collège en forteresse. Cela allait à l’encontre de la mission même de l’éducation.  

« Des héros, ils étaient nombreux, dans chaque secteur du Collège et dans chaque service. En quelques jours, l’intégrité physique du Collège a été restaurée. (…) Le nécessaire soutien psychologique et émotionnel pour les étudiants et les employés s’est organisé rapidement, de manière robuste et efficace. Et nous l’avons fait avec l’immense soutien d’une communauté résiliente, interne et externe. Aide et assistance ont surgi de partout.

“Nous sommes tous des victimes et nous sommes tous des héros”,

cette phrase du directeur intérimaire des études d’alors, Don Walker, a donné le ton pour nous, pour entreprendre un périple inattendu et imprévisible. »[iv]

Après la tragédie, monsieur Fillion a ouvert les portes à une équipe de recherche. L’étude de trois ans, une première mondiale, révèle que les traumatismes psychosociaux causés par une fusillade dans une école dépassent le nombre de blessures physiques. Près de 1 000 étudiants et employés qui travaillaient ou étaient présents au Collège lors du drame ont participé. Au total, 30 % des répondants ont vécu un trouble psychologique.

Préconiser l’éducation à la paix

Le drame a suscité une réflexion approfondie sur la mission éducative de Dawson.

« Le processus de guérison que nous avions entrepris nous a aussi conduits à repenser le sens à donner à notre mission éducative. Les questions qui se dressaient devant nous étaient les suivantes : quelles sont les causes de telles irruptions de violence, d’un tel mal et qu’est-ce que l’éducation est en mesure de faire pour contrer ces phénomènes ? Pour le dire simplement, l’éducation n’est pas seulement affaire d’acquisition de connaissances et de développement de compétences. C’est aussi et beaucoup l’affaire de transmission de valeurs. Ainsi, au cœur de notre mission et de notre action éducative, nous avons tenté d’établir comme une de ses valeurs cardinales, le respect.

Respect de soi, respect des autres, respect de la nature et de la vie. »[v]

Des étudiants du cours d’éducation physique en aménagement paysager écologique, donné par Angela Corinthios et Paul Wasacz, ont travaillé fort durant la fin de semaine des 22 et 23 août 2026 afin de redonner un coup de jeune au Jardin de la paix.

Un Centre d’éducation à la paix a été créé et un mémorial inédit a pris forme. En effet, en signe de solidarité, des gens avaient déposé des fleurs… beaucoup de fleurs. Un professeur a eu l’idée de les ramasser et de les composter pour faire un Jardin de la paix.  

Cohorte 2026 des étudiants du Certificat en études sur la paix

« En ce sens, Chris Adam, professeur en Techniques de gestion et d’intervention en loisir, a été source d’inspiration. Sa vision et son engagement envers une pédagogie audacieuse et des initiatives novatrices ont été déterminants dans le remodelage de notre mission éducative. (…) Le Campus vivant et les initiatives pour le bien-être de tous sont maintenant intégrés à l’ADN de Dawson. »[vi]

Dans cet esprit de paix et de développement durable inscrit à la mission du Collège, le Certificat en études sur la paix incite depuis 2014 les étudiants de Dawson à bâtir un monde meilleur.

Des bourses commémoratives ont aussi été créées pour honorer la mémoire d’Anastasia De Sousa.

Laisser les forces vives émerger

Lors de la cérémonie commémorative du 11 septembre 2026, des étudiants ont semé des graines dans le Jardin de la Paix, symbolisant ainsi la consolidation de la paix, le renouveau et l’espoir en l’avenir. Vingt ans après le drame, monsieur Fillion a conclu son allocution sur ces paroles :

Anastasia De Sousa, étudiante qui a perdu la vie le 13 septembre 2006

« À l’heure où les technologies numériques nous submergent, alors que sur les réseaux sociaux s’exhibent sans retenue l’incivilité, l’intimidation et les trolls de tous genres, alors que la marche de notre monde fait entendre davantage chaque jour d’inquiétantes dissonances, le projet éducatif vise à structurer le rapport éthique et à nous instruire de notre commune humanité.

Pour résumer, je dirais que ce funeste événement et le décès prématuré d’Anastasia, avec ce qu’ils ont représenté pour notre communauté, furent l’occasion d’opérer, métaphoriquement s’entend, la fameuse transmutation du plomb en or. »[vii]


[i] Extrait de l’allocution prononcée par Richard Fillion lors de la cérémonie commémorative des 20 ans de la tragédie le 11 septembre 2026.

[ii] Ibid

[iii] Ibid

[iv] Ibid

[v] Ibid

[vi] Ibid

[vii] Ibid





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