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À la grâce des fous, de Roxanne Bouchard
De deuils et de beauté
Roxanne Bouchard est de retour avec un quatrième polar mettant en vedette l’enquêteur Joaquim Moralès. Mais dans À la grâce des fous, qui se déroule à Percé, le meurtre à résoudre est presque un prétexte pour parler de deuil, d’art et de beauté. Et de la Gaspésie, encore et toujours.

Cinq ans se sont écoulés depuis Le murmure de hakapiks, son précédent roman. « Bon, ce que j’ai fait tout ce temps-là ? », demande la souriante autrice. « J’ai lancé mes trois premiers livres en France. Et ça m’a tenue occupée beaucoup. »
C’est que Roxanne Bouchard n’est pas seulement une des autrices de polar les plus lues au Québec, avec plus de 70 000 exemplaires vendus de sa série Moralès. Elle est aussi devenue une vedette littéraire en France, où ses romans ont été finalistes et ont remporté plusieurs prix dans le circuit du roman policier.
« J’ai fait au moins huit tournées. C’est la grosse affaire », nous explique-t-elle. On parle ici de séjours de plusieurs semaines, avec des présences assidues dans des festivals littéraires et des rencontres dans des librairies tous les soirs. Un destin qu’elle n’aurait jamais pu prévoir lorsque le premier Moralès, Le sel de la mer, a été publié en 2014.
L’écriture m’a ouvert des portes sur des amitiés, des rencontres, des possibilités d’aventures que je ne pensais pas. C’est extraordinaire.
Roxanne Bouchard
Mais tous ces allers-retours loin du quotidien grugent aussi de l’énergie mentale et physique, ce qui explique ce hiatus de cinq ans. Surtout que pendant cette période, celle qui enseigne aussi la littérature au cégep a écrit une pièce de théâtre, 5 balles dans la tête, et adapté Nous étions le sel de la mer en scénario pour une série.
« J’ai travaillé avec des gens qui m’ont fait réfléchir à mon écriture comme jamais avant. Ce qui fait que chaque fois que je reprenais mon roman, je me disais : OK, ce n’est pas vraiment ça que je veux dire. » Elle a ainsi recommencé au moins 25 fois le début ! « Je n’étais jamais satisfaite. J’ai l’impression d’avoir été une chercheuse d’écriture, d’avoir beaucoup cheminé. »
Légèreté
À la grâce des fous commence quelques mois après Le murmure des hakapits, qui se terminait sur un grand drame. Revenu au travail, Moralès est appelé à Percé, en pleine saison touristique. Un critique d’art a été retrouvé assassiné, alors qu’une biennale d’art contemporain est sur le point de commencer.
Roxanne Bouchard a beaucoup cherché quel serait le fil conducteur de son récit. C’est en découvrant l’histoire des villages fermés de la Gaspésie qu’elle a trouvé : ce serait un livre sur les deuils. Et aussi, sur la beauté qui nous sauve. Le résultat est un roman qui cite Kant, qui part sur la trace d’un artiste muraliste anonyme et qui décrit des installations d’art visuel. Pas question pour Roxanne Bouchard de rester enfermée dans les limites d’un genre littéraire.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
Roxanne Bouchard
C’est ça, l’affaire : je ne pourrais pas juste faire une enquête de police du genre true crime. Pourquoi je ne pourrais pas parler de littérature, des choses que j’aime, dans un roman policier ?
Roxanne Bouchard
Et malgré les drames qui se jouent, Roxanne Bouchard est aussi revenue à une certaine légèreté, en insufflant de l’humour, en particulier dans ses personnages secondaires. L’autrice est consciente que l’enquêteur mexicano-québécois a été amplement bardassé par la vie, et que l’époque a besoin de joie. Elle en a donc dispersé un peu partout.
« J’avais envie de mettre les mains dans une histoire qui serait pacificatrice. Que Moralès s’abandonne enfin à la beauté, qu’il boucle la boucle de ses deuils. Que ça finisse bien, que tout le monde soit en amour. »


