Articles

« Mon succès numérique »

Pour guider les premiers pas

Quand le gouvernement du Québec a annoncé des investissements dans le cadre de son Offensive de transformation numérique, au printemps dernier, Synchronex s’est vu accorder 11,6 des 29 millions de dollars. Cela a permis la mise sur pied du programme Mon succès numérique, qui vise d’abord les petites PME.

Lorraine Blais

« Les moyens sont maintenant là pour que toute l’escouade travaille dans le même but », explique Lorraine Blais, directrice générale de Novika, un CCTT affilié au Cégep de La Pocatière. L’escouade numérique de Synchronex, le réseau de centres collégiaux de transfert technologique (CCTT), accompagnait déjà des entreprises, mais la subvention récente permet d’offrir à chacune une aide financière appréciable, jusqu’à 22 500$ et 80% d’un projet. Mme Blais ajoute. « Ce n’est pas des demandes de subvention qui demandent des jours à remplir, avec des réponses qui tardent beaucoup : c’est un programme très simple. »

Le programme vise des entreprises « peu ou pas numérisées ». Même des entreprises qui ne sauraient pas quel projet présenter peuvent être aidées à concevoir un projet, sur mesure. « Oui, c’est un peu le rôle de première ligne des conseillers. » Étienne Dansereau est le conseiller en transformation numérique pour la région métropolitaire, mais également le coordonnateur de son équipe de conseillers à travers le Québec. Comme les quatre autres de son équipe, il ira à la rencontre d’organisations partout au Québec pour faire la promotion du programme et les accompagner dans un virage numérique. « Nous, on peut arriver et avoir une vue d’ensemble sur les besoins de l’entreprise, identifier un premier projet et voir les capacités de l’entreprise à entreprendre un projet. »

Étienne Dansereau

Lorraine Blais donne un exemple de succès numérique. « Quand Boulangerie St-Donat est venue nous voir, leur fabrication de tartes se faisait complètement à la main. Quand ils avaient essayé d’automatiser la production pour répondre à la demande, ils s’étaient aperçus que la qualité de la croûte de tarte en souffrait. » La recherche a permis de trouver un procédé qui redonnait aux croûtes de tarte ses qualités premières. Les très nombreuses expérimentations nécessaires ont occasionné des scories, des résidus... qui ne se sont pas perdus. « C’est un contrat qu’on a adoré », ajoute Mme Blais en riant. « Nos congélateurs étaient pleins! »

Même des entreprises qui ne sauraient pas quel projet présenter peuvent être aidées à concevoir un projet,
sur mesure.

Les implantations sont parfois très simples et très peu coûteuses. Un nouveau capteur, un code QR peuvent être d’une très grande utilité. On pense à Synchronex qu’un semblable succès pourrait motiver et entraîner d’autres transformations gagnantes.

Bien sûr, une transformation numérique peut aller beaucoup plus loin, dans cette « révolution industrielle 4.0 », mais avant de penser à la réalité augmentée et à l’intelligence artificielle, il faut « générer minimalement des données », rappelle Étienne Dansereau.

Bien sûr, la pénurie de personnel dont on parle tant depuis quelques années n’est pas étrangère à cet engouement pour le virage numérique et l’automatisation, malheureusement. « C’est probablement ce qu’il fallait pour que le Québec commence à rattraper son retard », pense Lorraine Blais.

Collaborer en expertises

Aux ingénieurs et technologues des 59 CCTT au Québec s’ajoutent au besoin des étudiants-es et professeurs-es du cégep affilié. Le réseau peut aussi aller chercher l’expertise d’appoint d’un CCTT hors réseau. « Par exemple pour voir s’il y a lieu d’automatiser des tâches confiées actuellement à des personnes difficiles à relocaliser, un CCTT en innovation sociale pourrait contribuer en voyant comment on gère la transition pour le personnel », dit Lorraine Blais. « Ce pourrait aussi être des CCTT qui sont dans le domaine des matériaux. Par exemple dans le domaine des plastiques : si une entreprise nous approche à Novika pour regarder comment numériser une partie de leur procédé de production de pièces en plastique, je pourrais avoir besoin de conseils au niveau des plastiques. Nous, on est très compétents en automatisation, en mesures, mais au niveau du plastique, il y a des experts qui sont là pour nous aider. »

Étienne Dansereau donne un autre exemple de collaboration en expertise lié au même matériau : « Un projet qu’on a eu, c’était une entreprise de l’agroalimentaire qui avait besoin d’automatiser un système d’acheminement en eau pour abreuver un élevage. Dans ce système-là, il y avait une nouvelle composante plastique très délicate qui devait être développée car sa production originale avait été discontinuée. On a intégré un membre de l’escouade numérique et un CCTT externe. »

Quant à la collaboration d’enseignants et d’étudiants du collégial, elle varie beaucoup d’un CCTT à un autre, explique Lorraine Blais. « Chez Novika par exemple, on compte 52 employés permanents à temps plein (ingénieurs, scientifiques, technologues), 6 enseignants viennent participer aux projets et une dizaine d’étudiants par année. Les enseignants, on va surtout les utiliser pour une partie plus scientifique. Par exemple, on a une mesure à prendre et tout ce qu’on connait, tout ce qui est existant, ne fonctionne pas ? Est-ce qu’on pourrait développer quelque chose de nouveau ? Alors on va demander à un physicien au Cégep, un prof de physique. On travaille beaucoup sur les lits d’hôpitaux. On consulte des enseignantes en soins infirmiers sur ce qu’il faut prendre en compte dans la conception d’un lit d’hôpital. Oui, des enseignants participent, mais c’est toujours encadré par des professionnels de recherche et transferts. Même chose pour les étudiants, ce n’est jamais un étudiant qui part avec un projet tout seul, c’est encadré. » D’un CCTT à un autre, le ratio peut varier beaucoup.

Par Daniel Samson-Legaut, Portail du réseau collégial